par Joéline Andriana | Juin 30, 2019 | Psychologie
Je m’appelle Irvin et je suis pianiste. J’adore le son de mon piano. Je joue du jazz tout particulièrement. Quand j’ose aborder la fameuse chanson sortie en 1937 : Someday my prince will come, je me dis qu’il y a du génie dans toutes ces notes, cet enfantillage autour de l’amour. Je sens tout mon corps vibrer à l’idée de pouvoir rencontrer l’homme de ma vie, celui qui m’accepterait comme je suis. J’ai vingt-cinq ans et j’aime un homme de quarante ans. Il ne le sait pas. Je suis trop introverti pour l’approcher. Dès qu’il me regarde, je baisse les yeux. Je ne sais plus comment me mettre, comment me comporter. C’est mon professeur de piano. C’est lui qui m’a suggéré cette chanson, ce répertoire m’était véritablement inconnu. Je sais qu’il vit avec un homme de son âge, qu’ils ont adopté deux enfants originaires du Brésil. Un garçon et une fille de sept ans. Je l’envie et je l’aime à la fois. Cela fait quatre ans que ça dure.
Quand je rentre chez lui, je sens un homme raffiné, plein de goût. Ses murs sont ornés de tableaux magnifiques. Je me suis même demandé si c’était lui qui les avait peints. Je ne me suis pas permis de lui poser la question. J’ai juste émis un « wouah » d’admiration, époustouflé par autant de créativité. Avant, j’étais habitué à une professeure âgée, partie à la retraite, peu encline à des mélodies enchanteresses. Elle m’a orienté vers la musique classique. J’ai appris beaucoup avec elle. Mais j’avais la sensation que ce que monsieur Philibert me proposait était si neuf que tout ce que je pensais avoir acquis ne me servait à rien. Il était si enjoué, si plein de passion, d’élan que je ne pouvais aucunement manquer ses concerts. Lorsqu’il se produit sur scène, je suis envieux de son aisance, de son bagou, de son sourire, de ses rires, de ses éclats de voix quand il se met à chanter des mélodies d’amour. Il est encore amoureux, amoureux de qui, de quoi ? Qu’est-ce qui maintient cette énergie aussi hautement intense et infinie en lui ? Comment fait-il ? Comme j’aimerais lui ressembler, comme j’aimerais qu’il m’apprenne à être aussi heureux que lui ! L’unique manière que j’ai trouvée, c’est de l’aimer amoureusement. Je ne pense qu’à lui, qu’à la manière dont il va pouvoir me guider, me toucher les doigts pour m’amener à faire sonner la meilleure note. Son odeur, quand il est si proche de moi me fait frémir. Il ne peut pas ne pas le ressentir. Ce n’est pas possible ! Je n’en parle à personne, je garde en moi toute cette pulsion d’amour pour lui. Difficilement gérable puisqu’il n’est pas toujours accessible. Je ne le sens pas toujours disponible et j’ai souvent l’impression que c’est ma faute, l’impression qu’il ne m’apprécie pas, qu’il n’a pas envie de me voir.
C’est là que tout s’emmêle, que mes émotions sont si injustes avec moi. Des hauts et des bas si extrêmes que je n’arrive plus à imaginer ma vie sans lui. Je n’ai que lui dans ma vie. Nous devenons amis, il m’invite de plus en plus fréquemment chez lui, pour les anniversaires, les fêtes entre amis, je suis missionné pour animer la soirée. Il est capable de me dire qu’il est fier de moi, qu’il croit en moi. Il est le seul qui réussisse à me calmer, à me détendre et à me mettre en colère d’indifférence de sa part à la seconde qui suit. C’est sûrement ça, l’amour ! L’amour infini !
Et vous, avez-vous un amour secret ?
par Joéline Andriana | Juin 24, 2019 | Psychologie
Je m’appelle Gaspard et j’ai trente-cinq ans. Je vis avec une femme qui ne prend pas soin d’elle physiquement. Je pratique le sport à outrance, courant, faisant du vélo dès que j’ai une minute de libre. Gloria est très belle, elle a des yeux magnifiques, d’un vert à mourir. Je l’ai très vite repérée lors de la fête du village. Elle traînait avec ses copines, et je me suis promis de la séduire. Difficile promesse quand on n’a que dix-huit ans et que la timidité reste un obstacle majeur à la relation aux autres. Mais j’ai réussi, elle est ma conjointe aujourd’hui, nous avons même une petite fille de cinq ans, pénible, mais nous l’avons conçue ensemble. Je sais que j’en demande beaucoup à Gloria. Elle travaille dur comme moi dans la journée, elle revient le soir fatiguée, elle doit s’occuper de Justine, faire à manger, la doucher, la dorloter en l’amenant au lit. Nous sommes habitués à ce fonctionnement. Elle semblait si prête à être maman qu’elle a pris les devants, me poussant en dehors de cette relation exclusive entre elle et ma fille. J’ai laissé faire, elle ne me demandait rien. Très content de poursuivre mes petites habitudes de célibataire, tout en étant conjoint et papa, je n’ai pas voulu déroger à mes mon goût pour la chasse, mes virées sportives avec mes potes. De plus en plus absent, de moins en moins impliqué dans la vie conjugale, familiale, j’ai vu Gloria se rebiffer quand je m’approche d’elle le matin comme le soir pour faire l’amour. Elle n’a donc plus envie de moi ? Pour qui elle se prend ? Elle ne me dit rien, mais j’entends bien qu’elle s’agace de plus en plus, parlant de mes absences comme d’une échappatoire. Elle finit par me reprocher de ne pas l’aider à la maison, auprès de Justine. Je ne comprends pas, c’est pourtant ce qu’elle voulait.
Très mécontent, je la pousse dans ses retranchements en lui hurlant que c’est elle qui a instauré ce mode de fonctionnement, m’interdisant de toucher à la cuisine, à la douche, à l’endormissement de Justine. Je reste sur mes positions, elle reste sur les siennes. Je suis si à l’aise dans mes habitudes qu’elle n’a pas le droit, comme ça, d’exiger de moi des choses qu’elle m’a refusées à une période. Je ne la vois plus comme avant. La femme magnifique et attirante laisse place à une nana qui a pris du poids et qui râle. Je la déteste. Je n’ai qu’une envie : aller voir ailleurs. Elle le ressent sûrement, mais je m’en fiche. Elle n’avait qu’à réfléchir à deux fois avant de me repousser, de m’insulter comme elle l’a fait. Je la traite de grosse vache, et c’est la débandade infinie. Aucun de nous de prend le taureau par les cornes afin d’arrêter l’hémorragie.
Les amis nous font remarquer qu’ils ne nous reconnaissent plus. En effet, au moindre malentendu, nous entrons en conflit afin de tenter de convaincre l’autre de sa bêtise et de la véracité de nos émotions et de nos propos. Nous sommes devenus des inconnus, des intrus. Je ne la désire plus, je la trompe, je le lui dis, elle réagit à peine, seulement pour dire qu’elle savait que ça allait arriver, qu’elle l’avait senti le jour de notre rencontre. C’est à n’y rien comprendre, elle salope même le jour de notre rencontre, juste pour se dire qu’elle avait raison, qu’elle aurait dû suivre ses intuitions, qui sont colorées par nos conditions de vie actuelles. Plus de retour en arrière, la rupture est imminente. Elle ne veut pas la provoquer. Elle attend que je la décide, comme j’ai décidé de venir vers elle lors de cette fête. Impossible de la quitter parce que je sens bien qu’il n’y aura aucune possibilité de retour en arrière.
Que devrais-je faire à votre avis ?
par Joéline Andriana | Juin 16, 2019 | Psychologie
Je m’appelle Zina et j’ai trente ans. Il y a quelques mois, j’ai rencontré un homme via les sites de rencontres amoureuses. « Amoureuses » est un bien grand mot vu les pulsions sexuelles qui s’y meuvent. Consciente de cet état de fait après quelques semaines de dialogues, le plus souvent avortés, incompréhensibles… J’avais l’impression de n’attirer que des goujats. Serait-ce ma photo ? Pourtant, elle est assez simple. Elle me montre de face et de profil, un peu comme ces photos de gendarmes qui prennent vos empreintes après un délit. Sans sourire, si vous voyez ce que je veux dire. En pleine découverte de soi, d’essai d’attraction. Je reste moi-même, simplement malhabile, mal habituée à ces réseaux sociaux. Ces particularités se voient sûrement. Ce site semble le dernier recours pour une rencontre rapide afin de me sortir de la torpeur de ma solitude infinie et de cet ennui qui me fait comprendre qu’il faut que j’entreprenne une action.
Fabien est arrivé dans ma vie comme un cheveu sur la soupe. Il m’a attirée par sa taille, uniquement sa taille. Je souhaitais rencontrer un homme grand, de plus d’un mètre quatre-vingt-dix. Il ferait l’affaire afin de remplacer l’homme avec qui j’avais vécu plus de quatre ans et qui mesurait sa taille. Fabien a été un cadeau de la vie, non seulement il était grand, mais aussi policier national. Tout pour me sentir en sécurité, pensant honnêtement qu’il saurait me protéger contre toutes mes peurs, toute agression extérieure. Nous avons décidé de vivre ensemble rapidement, chez moi. C’était le meilleur moyen pour nous voir tous les jours sans avoir à nous préoccuper de savoir qui allait dormir chez qui, à quelle heure, en quelle compagnie… Par paresse, et parce que les préoccupations quotidiennes liées au travail, aux tâches ménagères, à nos enfants respectifs prenaient le dessus, nous n’avons pas trouvé de solution plus efficace pour continuer cette relation fougueuse, très sexualisée. Tellement sexualisée que Fabien me désirait tous les soirs au point de me harceler quand je le refusais, par simple fatigue. Au début, j’acceptais, et plus les jours et les semaines passaient, plus j’avais l’impression de m’être enfermée dans une relation inconvenante. J’essayais de lui livrer mon désarroi de la plus vilaine des manières. Je le poussais à faire le ménage, la cuisine en attendant que je revienne du travail en échange de ses demandes infinies du soir. Inconsciemment, nous nous sommes embourbés dans une incompréhension mutuelle intense. Je commençais à lui en vouloir de me toucher toujours de la même manière, avec insistance, avec brutalité parce qu’il ne prenait même plus la peine de passer par les préliminaires.
Nous avons fini par décider de faire chambre à part pour enfin nous séparer sous la violence des mots, des gestes, du malentendu lié à la perception différente de la sexualité, qui nous avait pourtant réunis. Je ne pouvais pas accepter qu’il ne m’écoute pas, qu’il n’écoute que ses propres pulsions en me prenant pour un objet de désir. Sa virilité en a pris un grand coup. Il me disait que se masturber alors qu’il était en couple était un échec. Il a fini par me menacer d’aller voir ailleurs. Frustré par mes refus, il se demandait si je l’aimais encore, s’il était encore attirant. Là n’était pas la question, la réponse demeurait dans cette difficulté de communication entre nous. Nous disions les mêmes mots, mais que nous ne définissions pas de la même manière. Il est devenu méprisant. J’ai fini par le détester.
Et vous, où en êtes-vous dans votre couple ?
par Joéline Andriana | Juin 9, 2019 | Psychologie
Je m’appelle Élodie et j’ai trente-six ans. Je suis en couple depuis plus de dix ans avec un homme de trente ans. Nous avons une petite fille de sept ans. Lorsque j’ai rencontré Auguste lors d’un festival de musique, je me suis dit qu’il était temps d’envisager de fonder une famille. Je l’attire dans mes filets, avec toute la hardiesse inconsciente dont la femme que je suis fait preuve afin d’atteindre son but. Le sexe, il voulait du sexe, avec moi, il en aurait, en tout cas au tout début. Âgé d’à peine vingt ans, Auguste vivait encore chez sa mère et était en plein bac professionnel boulangerie. Il ambitionnait d’ouvrir sa propre affaire. Je l’ai trouvé si beau, si gentil et si plein d’énergie ! Non seulement j’ai vu en lui le futur père de mon enfant, mais aussi l’homme le plus obéissant du monde. Obéissant dans le sens à l’écoute, introverti, ne prévoyant aucune autre femme que moi dans son sillage. L’homme parfait, si proche de l’image que j’avais gardée de mon père. Alors que je méprisais la manière dont maman se comportait avec lui, je ne pouvais penser qu’à l’éventualité de faire une grosse partie de ma vie avec un homme qui lui ressemble.
Je me suis sentie si femme que j’ai déployé tous mes atouts infinis de féminité, de sensualité, de félinité. Avec Auguste, nous sommes devenus les meilleurs amants du monde. Tous les jours, matin et soir, nous faisions l’amour. Il ne se demandait pas si je prenais la pilule ou un contraceptif particulier, si j’avais fait des analyses sanguines afin de vérifier que je n’étais pas porteuse d’une maladie sexuellement transmissible. Moi, par contre, j’ai exigé de lui une visite chez le médecin, une prise de sang au laboratoire d’analyses du coin. Il s’est laissé guider. Il savait que c’était pour notre bien, ma sécurité psychologique. Il ne m’a posé aucune question sur mon passé. Ça m’arrangeait grandement.
Rapidement enceinte, dès le troisième mois de notre relation, il n’a pas paru surpris. Moi, par contre, j’ai pris peur, parce que, même si je prévoyais cette éventualité depuis le départ, je ne me suis pas sentie prête à être maman ni à anticiper un avenir rempli uniquement de la présence d’Auguste et de cet enfant. Je me suis sentie piégée, précipitée dans une prison affective. Je me suis posée quelques minutes, quelques heures, regardant ce test de maternité avec l’incertitude de pouvoir être à la hauteur. Des peurs ont pris le dessus. Nos relations sexuelles se sont estompées. Auguste ne comprenait pas. Malgré tout, il ne posait aucune question. Plus il venait vers moi, moins j’avais envie de lui. Je ne le désirais plus. J’avais eu ce que je voulais, j’étais enceinte. Le prévoir est une chose, le vivre en est une autre. J’ai perçu la vie tellement différemment que je me suis sentie douter. J’ai douté de sa capacité à être un bon père, de ma capacité à être une bonne compagne. Tout d’un coup, l’image de ma mère vociférant m’est venue en tête. Je n’allais pas devenir comme elle ! Certainement pas ! Pourtant, j’en prenais le chemin. J’ai donc tenté d’être plus douce, de vivre cette grossesse dans les meilleures conditions, acceptant toute l’aide d’Auguste pour m’accompagner aux rendez-vous médicaux. Je me suis décidée à vivre cela de façon plus agréable, même si j’ai fini par le voir comme un gamin sans virilité. Cette lumière qui avait été provoquée par mes impulsions et mes anticipations s’est éteinte non seulement dans mon regard, mais également dans les gestes d’Auguste. Nous sommes devenus des partenaires, de futurs parents, d’anciens amants en seulement quelques mois. Je savais pertinemment que c’est moi qui avais provoqué cette situation. Je nous ai condamnés à élever un enfant et à vivre ensemble à perpétuité. Hors de question d’envisager une séparation, nous devions rester à deux pour cet enfant. J’ai très mal vécu ma grossesse. Pas assez préparée psychologiquement, physiquement à recevoir ce petit bout.
Qu’en pensez-vous ?
par Joéline Andriana | Juin 5, 2019 | Cinéma
J’ai vu un film assez fascinant sur la vie d’un homme docteur en psychologie dans les années trente, aux États-Unis d’Amérique. William Moulton Marston, inventeur du détecteur de mensonges et de l’héroïne Wonder Woman. Sa vie me surprend infiniment. Entouré de deux femmes, de deux amours, l’une brune, forte, intense, dominante, brillante, pleine d’humour et baiseuse hors pair, et l’autre blonde, au cœur pur, étudiante, il s’évertue à cacher ces deux liaisons. Il s’entoure de plusieurs enfants tout en continuant à écrire et imaginer des personnages. Wonder woman est cette femme forte et héroïne à la fois, dans son désir d’attraper les criminels avec son lasso de vérité, incarnant également une marque de domination sexuelle de cette pratique qu’est le bondage.

La réalisatrice, Angela Robinson, s’est régalée en mettant en scène les trois acteurs et leur bonheur, leurs déboires, leur union, leurs séparations, leurs confrontations à la réalité et au jugement social, les contraintes du regard des autres et des conventions, posant au premier abord que la normalité n’existe pas. Elle use d’une grande liberté fantasmagorique basée sur une histoire vraie, avec des acteurs magnifiques et savoureux, des points de vue, dans tous les sens du terme, si empreints de réalité.
Pour qui se prennent certaines personnes pour juger les autres, dès lors que la famille sort des clous d’une famille traditionnelle, classique : une femme, un homme, des enfants ? C’est l’une des questions que pose ce film. Où se situe la normalité ? Se conformer aux lois est une chose, se plier aux attentes et validations sociales en est une autre. La liberté sexuelle se pose comme un fondement à ce triolisme détonant, plus encore, un amour infini indescriptible ou plutôt simplifié par les rôles définis pour chacun des personnages. Le désir sexuel, le sentiment amoureux sont si intimement liés qu’il est impossible pour la spectatrice que je suis de porter un quelconque jugement sur ce que fut la vie de cet homme, sa relation à ces deux femmes, l’affection incommensurable de femme à femme, l’attachement aux dogmes éducationnels des enfants. Deux mamans, un papa, et tout se passe au mieux, selon cet angle. Infiniment curieuse de savoir comment leurs enfants ont vécu cette passion humaine.
Il n’en reste pas moins que les valeurs morales insufflées par les parents en prennent un coup. La rencontre avec les autres déforme, incite à faire tomber des barrières, à étendre les limites des croyances liées au couple, à la famille, à la vie amoureuse. Souvent, il est possible d’entendre l’autre dire : « Jamais je ne te tromperai, je te quitterai avant que ça se produise. » Nous oublions fréquemment que nous sommes des êtres humains, doués et remplis d’émotions infinies, définissant ainsi notre inconstance. Les promesses, les engagements, les désirs de stabilité prennent le pas sur les impulsions, les frustrations possibles, en tout cas, au tout début d’une relation passionnelle. Le temps, les autres, les situations, les expériences de vie infinies s’immiscent et testent sans pitié les plus vulnérables, les plus empreints d’une insécurité affective qui date de la petite enfance.
Qu’en pensez-vous ?