par Joéline Andriana | Fév 10, 2020 | Psychologie
Je m’appelle Déborah et j’ai trente ans. J’aspire à être heureuse, et je pense que ce bonheur passe par le fait d’avoir un enfant avec l’homme avec qui je partage ma vie. Deux perceptions, nous avons deux perceptions différentes de l’accomplissement personnel. Il a vingt-sept ans et ne voit pas l’urgence de construire une famille. Il aime jouer aux jeux vidéo, il peut rester toute la journée devant ses écrans et ne prendre aucun temps pour le couple, pour moi. Je fais tout pour lui faciliter la vie. Il travaille dur, il semble si fatigué et usé par ce labeur professionnel ! Il est mécanicien automobile. Je vois bien qu’il ne s’intéresse pas à ce que je ressens, à ce que je fais. Les disputes se multiplient. C’est à qui crie le plus fort, et à qui a raison. Je fais des efforts, je pense avoir toujours été présente pour lui.
Je m’accroche à lui comme mon dernier recours à mon épanouissement, comme à une bouée. Je me sens naufragée d’une histoire sans fond. Il ne m’entend pas, il ne m’écoute pas, je me sens impuissante. Je n’ai plus envie de lui, il s’est éloigné. Je suis devenue une femme d’intérieur, je suis sa boniche, il ne prend aucune initiative dans l’appartement. Je coule, je ne respire plus, je souffre d’un manque de considération que je ne pense pas mériter.
La dépendance affective me cloue à ses côtés, comme si je n’avais pas d’autres choix. Je suis liée à lui depuis six ans, et pendant six ans, je me suis consacrée corps et âme à notre relation. J’ai commencé par l’aduler, l’admirer, l’aimer passionnément, j’ai continué à l’aimer tendrement, pour finir par ne plus le reconnaître, par ne plus me reconnaître digne de vivre en couple avec lui. Nous avons laissé passer le temps, nous n’avons pas agi, nous nous sommes laissé aller. J’ai pris sept kilos, et je ne me sens plus désirable. Lui, au contraire, a maigri à force de stress et de tensions accumulés. Il a des douleurs dans le dos, il ne bouge plus. Les seuls moments partagés sont ceux devant la télévision, dans ce canapé qui a fini par prendre la forme de nos corps essoufflés.
Comment sortir de ce marasme ensemble ? Je lui en parle, mais pas de la bonne manière. Je lui fais des reproches à longueur de journée. Je pense que ça ne peut que le faire réagir. Il réagit en effet et de la même manière, des reproches s’accumulent et rien ne se résout. Nous en arrivons à nous détester, presque à en venir aux mains. Il me bouscule, je le mets à la porte. Ces accès de violence nous dépassent.
Mon père ne dit rien, ma mère me demande pourquoi je m’obsède à tenter de sauver cette relation où le manque de respect s’est installé et continue de compliquer la communication. Ils sont séparés, eux. En quoi seraient-ils de bon conseil ? Mes amies me dévoilent qu’elles s’inquiètent pour moi, que je devrais demander une aide extérieure. Ça vaut peut-être le coup… six ans d’une vie, de ma vie valent la peine que je me démène pour trouver des solutions à notre possible réconciliation. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ?
Mon collègue me drague, il serait sûrement plus facile de quitter Kévin…
Qu’en dites-vous ?
par Joéline Andriana | Fév 3, 2020 | Psychologie
« Le sentiment est un ami du don et ennemi de l’échange », écrivait Aristote. « Je regrette l’heureux temps où le sentiment réglait tout », selon Émile Chartier, dit Alain.
Je m’appelle Sidonie, et j’ai trente-cinq ans. Je suis dans une étape de ma vie où j’ai besoin de me sentir en sécurité. J’ai fini par détester l’humanité à force de prendre de grosses claques sous forme de jugements sur ma vie amoureuse. Mes amis, que je pensais de vraies sources d’énergie et d’amour, se sont éloignés dès lors qu’ils se sont mis à m’envoyer balader. Mes peines de cœur ne les intéressent plus. Ils disent qu’avec moi, c’est toujours la même chose, ça finit toujours de la même manière avec les hommes que je rencontre. Je ne me suis plus sentie à ma place parmi eux, je me suis sentie souillée. Souillée parce que je me suis surprise moi-même à me dévaluer, à me mésestimer. C’est vrai, ils ont raison, mon passé n’est fait que d’un cimetière d’amour, d’espoirs. Je ne suis plus une adolescente et pourtant, dès que je me sens bien avec un homme, je m’imagine que c’est l’homme de ma vie, le fameux « bon ». Mais qu’est-ce qui me prend ? Ai-je eu tort d’y croire à ce point ? Aurais-je dû le garder pour moi pour ne pas être fustigée de tous les mots les plus ignobles de la part de ceux en qui j’avais confiance ? Aurais-je dû rester à ma place et ne pas tenter de vivre ces expériences amoureuses ? C’est en fait moi, le problème. Je finis par me poser la question de la meilleure manière de vivre une relation d’amour, d’amitié.
J’en arrive à annihiler mes sentiments, comme des ennemis du bien, du bon dans les interactions. J’espérais que l’on me comprenait de même que je prenais le temps d’écouter et de comprendre, tout en acceptant mes amis tels qu’ils sont. Choquée, je suis restée choquée par tant d’indifférence et de rejet. Mal, je me sens mal de ne plus réussir à partager mes émotions. Je deviens misanthrope, je me laisse aller à manger, je me reclus chez moi. Impossible de sortir sans l’angoisse de croiser une personne malveillante.
J’en ai assez, je suis fatiguée… Mes émotions me jouent des tours. Je me sens si seule… Je ne sais plus à qui parler, me livrer. Demain, j’appelle ma psy, je ne peux pas continuer comme ça. Ça ne me ressemble pas, moi qui suis joviale et empathique, amusée de tout, émerveillée par les nouveautés de la vie, les aventures offertes par les hasards du temps, de l’espace. Je ne sais plus qui je suis, je suis perdue.
J’aimerais tant que la seule évocation de mes sentiments puisse régler tout malentendu ! Je sais qu’il est primordial de ne pas garder mes sentiments pour moi. Je décide de les poser sur le papier, je décide de prendre le téléphone et d’appeler mes « amis » afin de leur dire ce que je pense, la colère, puis la tristesse d’être balayée comme une vulgaire poussière. Peu importe ce qui adviendra, je ne peux pas me fourvoyer. Honnête avec moi-même, c’est tout ce que je peux être à l’heure actuelle. Il est légitime que je ressente de l’injustice et de la déception, il est essentiel que je retienne tous les bons moments du passé, de mon passé amoureux, de mon passé amical, il est primordial que je retrouve confiance en moi. Prendre les choses en main, parce que personne ne peut le faire à ma place.
J’ai juste besoin que l’on valide cette voie, ma voie. J’ai uniquement besoin qu’on entende ma voix afin de récupérer ma pleine place dans ce monde, si bizarre que cela puisse paraître.
Et vous, comment faites-vous pour vous sentir à votre place ?
par Joéline Andriana | Jan 27, 2020 | Psychologie
Je m’appelle Vadim, et j’ai cinquante ans. J’aimerais bien tomber amoureux d’une jeune et jolie femme. Mais je me sens si vieux déjà ! Personne ne m’a dit qu’à cet âge-là, on est amené à subir les affres du temps de façon aussi insidieuse. En plus des rides et des cheveux blancs, si apparents, j’ai découvert que les kystes, les bosses, les lipomes qui se sont installés là, sous ma peau, comme des preuves de mon irresponsabilité dans ce que j’ai pu manger, ou pas, dans mon rythme de vie. Je ne fume pas, je ne bois pas pourtant. J’aime manger de la viande, des chips, des choses un peu grasses, ce sont les seuls plaisirs que je m’octroie. Avec le sport, un peu de musculation, j’ai l’air d’un homme qui prend soin de lui.
Au fond, je sais que je vieillis et que je prends la mauvaise pente. Je suis divorcé depuis plus de cinq ans. J’ai vécu avec la même femme pendant vingt ans. Nous sommes restés amis. Nous n’avons pas pu avoir d’enfants. Comme j’aimerais en avoir ! C’est trop tard, d’après vous ? Si je rencontre une femme demain, il nous faudra un peu de temps pour nous connaître, pour tomber amoureux, un an sera déjà passé. Prendre le temps de partir en voyage, de nous amuser avant d’envisager de fonder une famille. Deux ans seront encore passés. J’aurai cinquante-trois ans. Si je calcule bien, quand j’aurai soixante-deux ans, mon enfant n’aura même pas dix ans. Qui, à dix ans, rêverait d’avoir un père vieux et incapable de donner un peu beaucoup de lui pour jouer au laser game, au ballon, aux jeux dans l’eau ? Et puis, si je veux vraiment un enfant, est-ce que toutes ces questions comptent vraiment ? Quand les femmes de cinquante-deux ans tombent enceintes accidentellement, parce que pensant être en ménopause, elles ne se protègent pas pendant un rapport sexuel avec leur mari, et qu’elles décident de le garder, qu’est-ce qu’on en dit ?
C’est la vie, c’est tout. Ça fait partie du cycle de la vie. Tout a des conséquences, tout ce que nous faisons a des conséquences. Si je ne fais pas d’enfants, d’autres en feront, même à mon âge. Pourquoi je me priverais d’en avoir ? L’idéal serait que je sois amoureux de cette femme qui sera la mère de mon enfant. Pour ça, il faut qu’elle soit jeune… Mon voisin, qui a cinquante-cinq ans, vit bien avec une femme qui a plus de vingt ans de moins que lui. Ils ont deux bébés, des jumeaux, il a l’air très heureux. Il a deux enfants plus âgés de vingt-cinq ans et vingt-deux ans. Deux garçons aussi. Tout le monde semble accepter cette union et cette situation familiale.
Qui oserait juger ? Et ça servirait à quoi puisque les personnes se donnent le droit et la liberté de faire ce qu’elles veulent ? La loi ne l’interdit pas. Est-ce que je vais passer pour un vieux pervers si je décide maintenant d’avoir un enfant ? Si je choisis de tomber amoureux d’une jeune femme ? Si je me permets de m’accomplir à travers une vie de famille dont j’ai toujours rêvé ?
Qu’en dites-vous ?
par Joéline Andriana | Jan 20, 2020 | Psychologie
Je m’appelle Jérôme et j’ai quarante-cinq ans. Je suis célibataire, sans enfant. Je n’en veux pas. Les femmes que je rencontre ne comprennent pas. Elles sont toutes prêtes à avoir un enfant avec moi, à se marier. On ne se connaît pourtant pas. Mais qu’est-ce qui leur prend ? C’est vrai que je suis un beau gosse, il ne faut quand même pas exagérer. Qui a dit qu’il fallait se marier et avoir des enfants pour être heureux ?
Quand j’entends mes collègues de travail se présenter en formation, je suis abasourdi. L’un dit : « J’ai cinquante-cinq ans, je suis marié et j’ai deux enfants », l’autre déclare : « J’ai cinquante-deux ans, je suis mariée et j’ai un enfant », et puis le suivant : « J’ai soixante-deux ans, je suis marié et j’ai quatre enfants » tout en continuant à décrire leur cursus universitaire et professionnel. Quand arrive mon tour, je me sens obligé d’appuyer sur le fait que je ne suis pas marié et que je n’ai pas d’enfant. Ça dénote, quand même. Je sens leur regard pesant et étonné sur moi. Je suis différent et je ne me sers pas des êtres humains qui m’entourent comme de trophées, de preuves d’une valeur quelconque de fidélité, de stabilité. Surtout que la plupart passent leur temps au travail et ne s’occupent ni de leurs enfants ni de leurs partenaires. Et parce qu’ils passent autant de temps au travail, ils restent entre eux et entretiennent quelquefois des relations sexuelles, amoureuses.
C’est marrant, parce que je me suis toujours interdit d’avoir des relations intimes au travail. Je fais en sorte de distinguer le monde personnel et professionnel. Je rencontre mes idylles lors de soirées, de sorties entre amis, des speed datings. J’adore entrer en relation avec de nouvelles personnes. J’ai la forte impression de ne pas faire partie du même monde. Parce que je fais le choix de ne pas avoir d’enfant, la conséquence est que je suis hors norme, qu’on me met en dehors de la société, d’une société dans laquelle il est absolument nécessaire de rentrer dans le moule pour être accepté. C’est bizarre, quand même ! Je suis un homme, ça semble plus facile comme ça. J’ai des retours du genre : « Tu as encore le temps, les hommes font des enfants jusqu’à soixante-dix ans… » Ils ne sont pas bien du tout. Je n’imagine pas les femmes de mon âge et qui sont dans mon cas. On ne peut pas se permettre de leur dire ça, à elles !
C’est aussi plus facile pour moi, parce que comme je suis certain de ne pas avoir envie d’avoir des enfants, j’ai pris rendez-vous pour subir une vasectomie. C’est plus simple, je n’aurai aucun problème de « trahison ». En couple, ma partenaire n’aura aucun besoin de se protéger, de prendre la pilule, ou de subir une opération trop importante. Moi, je n’ai besoin que d’un chirurgien, de dix minutes et le tour est joué. Il paraît aussi que c’est réversible. Je vais me renseigner davantage. C’est tellement bon de prendre ses responsabilités, d’être clair avec soi ! On pourrait me demander : « Et si tu tombes amoureux d’une femme qui veut absolument des enfants ? » Je répondrais : « On verra, on discutera, mais ce n’est pas ça qui nous séparera si nous nous aimons d’un amour sincère »
Suis-je trop idéaliste ?
Qu’en pensez-vous ?
par Joéline Andriana | Jan 13, 2020 | Psychologie
Je m’appelle Amalie et j’ai quinze ans. Je suis une jeune fille pleine d’ambition et d’énergie. J’aime la vie et les filles. Je n’ai pas hésité à le dire à maman, qui elle-même aime les femmes. Elle vit avec mon autre maman, que j’appelle par son prénom, Alex. Parce que c’est maman qui m’a mise au monde, je l’appelle comme ça. Elles ont été en accord pour que ça fonctionne comme ça dans la famille. Je sens bien que quelquefois, ça ne convient plus à Alex. Elle se sent un peu à part, prenant le rôle de « l’homme » de la maison. Elle bricole beaucoup, elle n’est pas vraiment avec nous. Quand elle est présente, elle n’ose pas trop intervenir, parce que ça finit toujours en dispute. Maman est très contrôlante, elle ne lui laisse pas de place auprès de nous, comme si elle était la seule à savoir ce qui est bon pour nous. Mon frère, Antoine, et moi. J’aime être avec Alex, parce qu’elle est plus rigolote, elle prend les choses plus à la légère, on a plus le droit à l’erreur, à la détente. Une chambre pas rangée ne fait pas scandale, une vaisselle pas lavée, ce n’est pas la fin du monde. Maman est super crispée. Je l’entends souvent dire qu’Alex ne l’aide pas assez, qu’elle doit décider de tout, qu’elle se sent seule.
Je me permets quand même de lui dire qu’il faudrait qu’elle ait confiance en Alex, qu’elle lui donne le droit de dire ce qu’elle pense, ne serait-ce que pour l’organisation de la journée, les vêtements que l’on porte, les week-ends, les destinations de voyage, les soirées… Mais maman m’en veut à chaque fois que je lui dis ça. Elle me dit que je ne suis pas de son côté, qu’elle fait ce qu’elle peut pourtant pour que je sois heureuse, que j’aie tout ce qu’il faut pour réussir dans mes études… Certainement, Alex contribue aussi à mon bonheur et si maman ou Alex ne sont pas bien, je ne peux pas être bien moi-même.
Je ne veux pas prendre parti, je ne veux pas attrister maman ou Alex, mais je pense qu’elles ont des choses à régler et vite. Ça me donne à réfléchir sur la vie de couple et sur les raisons qui les ont amenées à être ensemble et à fonder une famille. Je ne ressens pas vraiment leur amour. Ce truc que j’aimerais tant vivre avec Louna. Ce sentiment que j’aimerais qu’elle ressente pour moi aussi. Je me demande si maman et Alex ont été amoureuses. La réponse semble évidente, mais je me la pose. Pourquoi se seraient-elles battues aussi fort pour rester ensemble, qui plus est se marier, avoir des enfants, construire une maison, une piscine, s’acharner à aller travailler tous les jours pour payer tout ça, si ce n’est qu’elles étaient tombées littéralement amoureuses ? Pourquoi elles ne se parlent pas plus pour tenter de régler les choses, réajuster leurs émotions, leurs comportements afin de se sentir mieux ensemble ? Je ne comprends pas… Elles s’évertuent à garder les choses comme elles sont, considérant probablement qu’elles n’ont ni le temps, ni l’énergie, ni l’amour nécessaires pour changer, attendant que l’autre fasse la démarche pour arranger les choses. Mais elles sont toutes les deux responsables de tout ce qui leur arrive. C’est quoi, ce truc qui amène les personnes à se renvoyer la faute et à ne pas se permettre d’arranger la situation afin de continuer à s’aimer comme au premier jour ?
La fatigue, la routine, les habitudes, les mêmes rengaines font que tout se fige et se cristallise, se délite jusqu’au moment où le mépris s’installe avec le jugement, l’interprétation négative des mots et des gestes de l’autre.
Comment je fais, moi, dans tout ça ? Au milieu de tous ces malentendus, de ces tensions ?