« J’ai fini par accepter son état, par ne plus chercher en elle la mère que j’avais eue. Le génocide est une marée noire, ceux qui n’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »
Le génocide rwandais, je l’ai évoqué dans mon livre intitulé Ekéna, l’enfant de l’amour, parce qu’il a marqué ma vie de jeune adulte. Je n’ai pas compris, je ne comprends toujours pas les massacres pour une histoire de supériorité d’une ethnie, d’une soi-disant « race » sur une autre, alors que nous sommes tous de la même espèce.
J’ai cherché à comprendre pourtant, mais je n’ai toujours pas compris…
Finir par accepter que le passé soit le passé, qu’il n’est pas le présent et qu’il ne sera jamais le futur. Comment y arriver ?
Accepter que le monde soit monde, que certaines personnes soient terribles, que le bonheur a une fin, que le temps passe, que tout ou presque fini par mourir… Ne plus chercher à modifier le temps, surtout le temps, à changer les gens, surtout les gens… C’est facile pourtant ! C’est si facile vraiment !
C’est se centrer sur soi, sur ce sur quoi il est possible d’agir avec certitude. Sortir de ces tourments liés au chagrin, arrêter de tourner en rond, résilient ? Faire que les rêves ne deviennent pas des chimères insurmontables, faire que les rêves deviennent réalité et y croire au fond, en vrai… N’est-ce pas fondamental pour se sentir bien, pour être heureux sans s’obliger à l’être, juste parce que c’est normal et parce que ce bonheur existe, parce que la vie vaut la peine d’être vécue ?
Comme le personnage du roman de Gaël Faye, je sais qu’il est important et urgent pour beaucoup de ne plus chercher en ces autres ce qu’on a pu aimer, parce que ces autres ont changé, parce que ces autres nous sont devenus étrangers.
Sortir de cette obstination de recherche d’amour pour se sentir enfin autonome et indépendant, envisager cette liberté d’être enfin pour cheminer avec paix.
« Ainsi, je continuais à savourer mon livre, je prolongeais l’histoire. J’ai pris l’habitude de lui rendre visite tous les après-midi. Grâce à mes lectures, j’avais aboli les limites de l’impasse, je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs. »
Dès que je le pouvais, petite, dès que j’ai su lire, j’ai lu des livres, couchée sur le lit. C’était réconfortant et isolant. La solitude était ma meilleure amie. J’aimais me plonger dans les livres des grands, naviguer entre les émotions des écrivains, les histoires des autres pour inhiber les miennes d’émotions, les miennes d’histoires trop terre à terre, trop difficiles à concevoir. Il fallait que je m’échappe, il le fallait.
Ce pouvait être les après-midi de ces week-ends interminables à ne pouvoir partir, à rester dans le ronron du quotidien à entendre et ressentir les tensions des grandes personnes. Ce pouvait être le soir avant de m’endormir pour trouver le sommeil et continuer avec aisance à divaguer dans les récits de voyage, amoureux, fantastiques, idylliques, extraordinaires de ces auteurs sans limite.
Ce pouvait être juste après les devoirs que je me dépêchais de finir pour lire. Ç’aurait pu être sans fin… sans borne, infini…
La lecture m’a donné envie d’écrire à mon tour, de me dire que c’était possible, que ce pouvait être ma vie. M’imaginer écrire et gagner ma vie, nourrir mon esprit à lire et à écrire, payer mes factures grâce à cette passion, ce serait une merveilleuse idée finalement. S’il devait y avoir une fin à l’écriture, ce serait la vie…
-Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils me permettent de m’échapper. Ils m’ont changée, ont fait de moi une autre personne.
-Un livre peut nous changer ?
-Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »
Avez-vous déjà lu un livre qui vous a changé au point de prendre des décisions radicales ? Les livres, je les ai aimés dès le moment où ma maman m’en a offert un pour la première fois. Je ne sais pas comment ma maman et moi nous trouvions là, dans un salon du livre. Elle, qui ne sait ni lire ni écrire, m’a accompagnée là, dans un temple de littérature, d’histoires. Je devais avoir neuf ans, tout au plus.
J’ai pris en main un livre, assez gros et coloré intitulé Le grand livre de l’histoire du mondeélaboré par SOMEREST FREYE, et édité en 1984.
Elle s’est tournée vers moi et m’a dit : « Tu le veux ? » J’ai dit « oui » avec affirmation et très promptement. Nous avons échangé un large sourire, nos regards se sont croisés, et rien que pour ça, je peux dire que ce livre a changé ma perception de la vie. Les livres sont devenus un médiateur intense d’émotions. Les livres incarnent encore aujourd’hui cet amour pour ma mère.
Ce livre coûte plus de 30 euros aujourd’hui. Et j’ai honte d’avoir dit oui à l’époque. Ma mère était femme de ménage, et ne gagnait déjà pas assez sa vie pour élever six enfants. Et j’ai dit oui pour un livre qui n’allait que nourrir mes neurones, mes cellules grises et mon cœur de cette émotion d’amour. Elle a dû sacrifier une grande partie de son budget pour me faire plaisir, pour ressentir chez elle cette fierté du transfert de la culture vers sa progéniture.
Un livre papier incarne ainsi tout un symbole d’amour et de chaleur. En cela, je rejoins Gaël Faye.
Le grand livre de l’histoire du monde c’est mon histoire d’amour maternel.
Et dès que je le peux et dès que j’aime, j’offre un livre.
P.171 « J’aurais voulu dire à Gino qu’il se trompait, qu’il généralisait, que si on se vengeait chaque fois, la guerre serait sans fin, mais j’étais perturbé par ce qu’il venait de révéler sur ma mère. Je disais que son chagrin était plus fort que sa raison. La souffrance est un joker dans le jeu de la discussion, elle couche tous les autres arguments sur son passage. En un sens, elle est injuste. »
Il est vrai que la souffrance est un sentiment universel et qu’il n’est pas d’autres sentiments aussi forts pour excuser et légitimer soit l’apathie soit la vengeance d’un être humain. Nous pourrions toujours affirmer que la souffrance n’est pas une raison pour faire du mal à ceux qui ne sont pas à l’origine de cette souffrance. Il est certainement humain de dire que celui qui a souffert et qui se venge devrait avoir le droit de s’exprimer devant la justice ou de se révolter sans la justice.
Dans ce livre, cette maman de deux enfants, perd la tête en cherchant désespérément à soulager sa souffrance, dans l’espoir de retrouver les membres de sa famille tués, torturés par une barbarie inventée par l’homme contre l’homme. Des histoires d’ethnies, d’influence par les personnes qui détiennent le pouvoir et les médias. Les hommes devenus marionnettes trouvent à cette occasion la possibilité d’assouvir toutes leurs pulsions.
Comment penser qu’il est possible d’être sous le joug d’une influence quelconque, qui pousse à tuer ? C’est impensable et inimaginable et pourtant ça s’est produit et ça continue à se produire. L’être humain est si faible au point de se laisser manipuler par des idéaux qui poussent au meurtre ?
La souffrance est-elle toujours injuste au fond ? Je souffre alors que c’est injuste… Je souffre alors que je n’ai rien fait pour souffrir. Des événements extérieurs se sont amusés à me soumettre à des turpitudes émotionnelles, sans que je ne l’aie demandé. Comment se protéger de cette extériorité ? Comment forger cette intériorité pour être plus solide et moins touché par cette extériorité sur laquelle je ne ressens que sentiment d’impuissance, tristesse, chagrin et colère ?
J’ai souvent entendu dire qu’il fallait s’ajuster, s’adapter à l’environnement pour ne pas périr, pour continuer à vivre. Vivre avec cette souffrance ? Survivre pour être le témoin d’une tragédie ? De la résilience aussi… Passer à travers cette souffrance pour révéler le meilleur de nous… Et comment fait-on ?
En tant que Docteur en Psychologie, j’ai ressenti toutes les souffrances de ces personnes qui semblaient se débattre avec une réalité qu’elles n’ont pas choisi. Pour certaines personnes, je n’ai eu qu’à écouter pour soulager, pour d’autres je n’ai eu qu’à respecter pour avancer.
Et je sais aussi que la vengeance ne soulage de rien, la vengeance n’est qu’un vers qui pourri tout fruit, toute entreprise de reconstruction…
page136 « La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais. »
Est-on alors obligé de prendre parti pour un camp ou pour un autre ? Gaël Faye exprime ce qui s’impose à chacun de nous.
Une guerre entre la France et un autre pays, moi qui suis française, je ne pourrais que passer dans le camp des français contre le pays contre qui elle est en guerre. Est-ce bien cela qui se joue ? Je suis née à Tananarive, dans une immense île Africaine Madagascar. Et si la France venait à être en guerre contre Madagascar, quelle patrie je défendrais ? La patrie dans laquelle je vis ? Certainement… Mais comment, moi individu serais-je au fond amené à être en guerre contre toute une nation ? Par mes critiques, mon engagement dans l’armée, mon investissement dans les associations qui viendraient en aide à la nation française ?
Dans son livre, Gaël Faye s’exprime à travers un jeune garçon, qui voit disparaître une grande partie de sa famille, emportant avec elle l’âme de sa chère maman. Un jeune garçon qui a tenté de rester neutre en tout, en s’alliant à ceux qui savaient, dont cette vieille dame qui lui prête des livres pour s’instruire, pour fuir la réalité, pour prendre de la distance avec l’un de ses amis qui avait pactisé avec l’ennemi.
Ce jeune garçon a été obligé de tuer, par un chef de gang, pour montrer qu’il appartenait bien à cette ethnie. C’était l’autre ou lui, il s’est choisi. Est-ce à dire qu’il a choisi de rentrer en guerre contre un ennemi présupposé ?
Obligé par le groupe, par le regard porté sur lui, et particulièrement obligé pour sauver sa peau. Qu’aurais-je fait à sa place ? Aurais-je tenté de fuir ? Fuir cette responsabilité tendue par un inconnu reconnu ? Tirer sur cet inconnu reconnu ? Y mettre le feu pour être débarrassée de cette obligation ?
En tant que docteur en psychologie, spécialisée dans la psychologie sociale, je sais à quel point il est presque impossible d’échapper à un système hiérarchique, à une autorité révélée par le groupe, lorsqu’il nous met au défi de démontrer d’une loyauté, ou d’une appartenance ou d’une compétence.
Je vous propose de mettre en réflexion les expérimentations de Milgram sur la soumission à l’autorité et de Asch sur le pouvoir du conformisme sur les décisions, afin d’éveiller votre curiosité. Pour dire que la responsabilité n’incombe qu’à celui qui l’a ordonné.
Dans l’actualité mondiale, avec toutes ces guerres, comment prendre une responsabilité qui viserait l’arrêt de ces tueries, sans se mettre soi-même en danger ? Ceci exige-t-il d’affirmer que toute responsabilité amène à des risques et qu’il est impératif de les accepter ?
« Pour résumer, nous nous bornerons à constater qu’en dix-neuf ans, Jean Valjean, l’inoffensif émondeur de Faverolles, le redoutable galérien de Toulon, était devenu capable, grâce à la manière dont le bagne l’avait façonné, de deux espèces de mauvaises actions : premièrement, d’une mauvais action rapide, irréfléchie, pleine d’étourdissement, toute d’instinct, sorte de représailles pour le mal souffert ; deuxièmement, d’une mauvais action grave, sérieuse, débattue en conscience et méditée avec les idées fausses que peut donner un pareil malheur. »
Quand j’étais surveillante d’externat dans un lycée professionnel, j’ai été confrontée à un élève, qui ne voulait pas obéir aux règles et surtout qui voulait en découdre à travers mon semblant d’autorité. Je n’ai pas voulu lâcher… Il ne me connaissait pas assez pour céder au premier abord. J’étais résolu à faire appliquer une règle qui allait dans le sens du vivre ensemble en harmonie…
Il n’avait pas le droit de rester dans la cour, en dehors des temps de récréation. Je lui ai demandé gentiment et poliment de rentrer en classe. Il était plus grand que moi, (ce qui est très facile, je vous l’avoue), et il usait de cette supériorité physique pour me toiser et me provoquer. Il a fait mine de bouger de quelques mètres, mais est resté dans la cour. J’ai dû le rappeler « à l’ordre ». Il a explicitement émis un non.
J’ai répondu : « D’accord. Je vais voir le proviseur. Je n’ai pas besoin ni de ton nom ni de ton prénom, je saurais te décrire à la perfection »
Très tranquillement, avec tout de même, une rage interne, je me suis rendue dans le bureau de la proviseure. Il m’a suivie… Premier effet intéressant…
J’ai frappé à la porte, et je suis entrée… Il s’est faufilé derrière moi, et a commencé à prendre la parole en se victimisant : « J’ai perdu mon père la semaine dernière ». Peu surprise, je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai rétorqué : « Et moi, j’ai perdu ma mère hier, est-ce pour cette raison que j’enfreins les règles ? »
La proviseure a souri… non pas pour nos deuils respectifs, mais pour l’avoir quelque peu remis à sa place… Avez-vous déjà entendu, ou rencontré des personnes qui s’en prennent à vous à force de malheur, qui vous manquent de respect à force de souffrance, qui enfreignent les règles et les lois à force de douleur ? Non seulement par réflexe mais également par réflexion ?
Bien évidemment, il était plus jeune que moi, et cette phase d’adolescence est une phase sensible pendant laquelle tout se joue en mode automatique, ce que la vie me balance, je te le balance puissance 1000… Mais ce n’est toujours pas une raison ou une justification pour foutre la pagaille…
Et si chacun prenait conscience que ça ne lui rend pas service, et qu’il est nécessaire de changer la donne pour à minima moins souffrir, du moins trouver à mieux respirer ? Comme je peux souvent dire en consultation : « Soyez doux avec vous-même s’il vous plaît. »
« De souffrance en souffrance, il arriva peu à peu à cette conviction que la vie était en guerre ; et que dans cette guerre il était le vaincu. Il n’avait pas d’autre arme que sa haine. Il résolut de l’aiguiser au bagne et de l’emporter en s’en allant. »
Cet extrait me fait penser à ce que j’ai pu citer dans l’article 3.5. de la saga sur Les misérables de Victor Hugo.
La souffrance forge la croyance qu’il est nécessaire de se blinder pour ne plus souffrir. Se blinder pour se rappeler que nous avons souffert… cela signifie-t-il que nous souffrons toujours, parce qu’à force de se le rappeler, nous n’en sortons jamais…
Aiguiser la haine… Comprendre que la vie est un combat contre une guerre permanente… ne permet pas de répit… soumet l’homme à l’idée qu’il n’existe aucune issue positive… Une issue positive cachée par l’idée que tout est tracé, dessiné d’avance… que tous les êtres humains sont diaboliques et injustes…
Qui a déjà éprouvé ce sentiment d’effondrement, d’impossibilité de s’accrocher à ses valeurs, à son prochain, au mur du puits sans fond ? Qui a déjà éprouvé le sentiment de n’être rien et de se battre systématiquement contre les autres pour se sentir exister ? Quitte à ne pas s’en prendre à soi-même ? Mais n’est-ce pas s’en prendre à soi-même que de respirer la haine ? Cette haine qui ronge de l’intérieur et qui ne demande rien de mieux que d’être visible… dans le regard, dans les gestes, dans les mots, dans l’isolement…l’enfermement…
Avez-vous déjà résolu d’aiguiser cette arme qu’est la haine pour tenter d’avancer et surtout tenter de se protéger de la haine elle-même ? L’entretenir, l’affûter, en faire un allié prêt à exploser à la moindre incartade, à la moindre provocation d’une autre haine…
Les contraintes et les vicissitudes de la vie, accumulés, multipliés, densifiés dans une courte période risquent bien de mettre à mal notre amour pour soi, et pour les autres… Encore faut-il avoir déjà vécu cet amour pour soi et pour les autres, encore faut-il savoir que ces amours existent et qu’il est possible de les ressentir, mieux encore les exercer… de temps en temps, le plus souvent, dès que l’occasion se présente… sans paraître soit utopiste soit idéaliste… Et puis c’est pas si mal d’être idéaliste au fond…
« Détruire les abus, cela ne suffit pas ; il faut modifier les mœurs. »
Que peut bien m’inspirer cette phrase ? Elle est si bien venue que le terrain que nous occupons actuellement. Qui parle d’abus ? Dans quel domaine pouvons-nous observer de l’abus ? Abus des hommes, des femmes, des enfants, abus de l’argent, de l’alcool, des drogues, de la malbouffe, abus de biens sociaux, abus d’influence, abus de pouvoir… Toutes les formes d’abus sont la bienvenue dans cette expression.
Détruire ne semble pas une solution, éradiquer encore moins, parce que nous risquons d’en créer certainement de pires… ou d’instaurer un robot qui pourrait contrer cette destruction… Ce qui est le cas… Dès que nous tentons de détruire un abus, un autre abus encore plus puissant survient…
Modifier les mœurs… vaste projet, sacré objectif… Qui peut prétendre changer des traditions ancestrales, qui peut penser déloger les plus fervents conservatistes de leurs croyances et de leurs rites ? Qui peut bien pouvoir dénouer cette psychologisation séculaire ?
Dans les misérables, Victor Hugo s’est amusé à améliorer la perception de Jean Valjean sur son monde, il s’est risqué à faire penser et à montrer qu’un voleur peut devenir un homme de bien, par modélisation, par imitation… Pourquoi pas ? C’est bien de cette manière que toute éducation ou instruction peut procéder auprès des enfants et des adolescents pour trouver à faire le bien… Qui a déjà entendu : « Tu dois être un exemple… pour tes enfants, pour ton petit frère, ta petite sœur… » ?
Et si ça marchait ? Si les personnes qui gouvernent ce monde se montraient en exemple aux yeux des jeunes et des moins jeunes pour manifester une possibilité d’ouvrir une vie plus sereine et plus harmonieuse ? Vous pensez que ça marcherait ? Et si on essayait ?
Pas facile hein ? Nous ne sommes que des êtres humains capables du meilleur et du pire… Et si on démolissait le pire pour le bien et non le mieux qui est, paraît-il, l’ennemi du bien ?
Les mœurs, les habitudes psychiques ont la dent dure… Encore faut-il prendre conscience des effets néfastes de la reproduction mentale et attitudinale d’un fonctionnement de défense, ou d’un mécanisme d’attaque en toute circonstance… C’est abusé…
Parce qu’il n’est pas systématiquement besoin de sortir l’artillerie lourde psychologique telle que la fuite, l’effondrement ou le face-à-face, souvent l’ignorance ou l’indifférence produit un effet plus prodigieux. Ignorer pour avancer, pour évincer, pour dévier, pour garder à l’esprit que modérer ses impulsions peut être « la » solution.
Trouver à changer la perception de sa condition, se renforcer mentalement, se sentir plus solide afin d’entrer en cohésion avec cette meilleure version de soi… C’est pas une blague… Et si modifier les mœurs passait par changer ce qui nous constitue, en stoppant cette rage et en acceptant son passé pour s’y appuyer ? Bonne idée !
« Quant à Louis XVI, j’ai dit non. Je ne me crois pas le droit de tuer un homme ; mais je me sens le devoir d’exterminer le mal. J’ai voté la fin du tyran. C’est-à-dire la fin de la prostitution pour la femme, la fin de l’esclavage pour l’homme, la fin de la nuit pour l’enfant. En votant la république, j’ai voté cela. J’ai voté la fraternité, la concorde, l’aurore ! J’ai aidé à la chute des préjugés et de erreurs. Les écroulements des erreurs et des préjugés font lumière. Nous avons fait tomber le vieux monde, nous autres, et le vieux monde, vase des misères, en se renversant sur le genre humain, est devenu une urne de joie. »
Le devoir d’exterminer le mal signifie qu’il existe deux mondes bien distincts : le monde du bien et le monde du mal. A bien y réfléchir, si on demandait à toutes les personnes, se sentant concernées par la construction d’un avenir heureux, elles choisiraient de se mobiliser pour augurer le monde du bien.
Mais le bien, qu’est-ce au fond ? Qu’une opposition au mal ? Ou le fait de quelques héros du monde moderne ? Faire le bien en mettant fin à la tyrannie n’irait-il pas provoquer le début d’une autre ? Cette obligation au bonheur ? Étonnée je suis d’entendre des personnes revendiquer leur choix au malheur et non plus ce qu’elles peuvent appeler l’injonction au bonheur.
Parce que la vie est courte, n’est-elle pas censée être belle et facile à vivre, clamant tout ce qui peut annihiler la prostitution, l’esclavage ? La domination d’un être humain sur un autre, prônant ainsi son droit le plus strict à l’égalité, à la fraternité, à la liberté, du moins en France ?
Parce que je suis une femme, n’est-ce pas mon devoir de proclamer le féminisme ? Souvent, durant mon existence, dès que j’ai défendu ou émis une phrase prêtant allégeance à l’égalité pour toutes et tous, certains hommes ont rétorqué ma condition, ou mon orientation féministe, pour que je me taise. Il paraît qu’il y a d’autres combats à mener… Si moi, femme noire, docteur en psychologie, je ne suis pas féministe, qui le serait ? Quand je perçois que le droit des femmes est en déclin, et risque de s’effondrer sans préavis dans le plus grand pays « démocratique » au monde, comment dois-je me comporter ?
Bien sûr, je ne parle pas des droits des enfants, qui jour après jour trouvent ses limites dans la manière dont nous, les adultes, nous nous comportons à leur égard. « Aider à la chute des préjugés et des erreurs », tous ceci est tâche ardue… « Les écroulements des erreurs et des préjugés font lumière », il semble que ce ne soit pas vrai pour tout le monde… De quels préjugés parle-t-on ? De quelles erreurs sommes-nous conscients ?
Si la joie est le but de cette démarche de remise au point, alors la question qui se pose est de savoir ce qui nous met en joie…
Pour ma part, c’est les rires complices, les fêtes dansantes, les malins plaisirs gastronomiques, les virées à l’océan, la douceur du temps, les autres sympathisants au plaisir de se réunir en paix, et l’envie d’en découdre avec ce qui fait mal, ce qui blesse, ce qui traumatise l’homme au point de le tuer…
Je suis fin prête pour renverser ce « vase de misère », et à le retourner pour le remplir de toutes les émotions et tous les sentiments positifs que j’ai pu connaître… prête à les revivre, à reproduire ou à créer tous les actes qui réclameraient ces conséquences harmonieuses et plaisantes…
Et vous ?
Mes deux ouvrages intitulés Organique et La couleur des émotions peuvent ouvrir certaines réflexions dans ce sens.
Victor Hugo décrit le Thénardier de cette manière :
« Le Thénardier était un homme petit, maigre, blême, anguleux, osseux, chétif, qui avait l’air malade et qui se portait à merveille, sa fourberie commençait là. Il souriait habituellement par précaution, et « tait poli à peu près avec tout le monde, même avec le mendiant auquel il refusait un liard. Il avait le regard fouine et la mine d’un homme de lettres. Sa coquetterie consistait à boire avec les rouliers. Personne n’avait jamais pu le griser. Il fumait dans une grosse pipe. Il portait une blouse et sous sa blouse un vieil habit noir. Il avait des prétentions à la littérature et au matérialisme. Il affirmait avoir un « système ». Du reste fort escroc. Un filousophe. Cette nuance existe. Il contait avec quelque luxe qu’à Waterloo, étant sergent, il avait, seul contre un escadron de hussards de la Mort, couvert de son corps et sauvé à travers la mitraille « un général dangereusement blessé ». De là, venait pour son mur, sa flamboyante enseigne, et, pour son auberge, dans le pays, le nom de « cabaret du sergent Waterloo ».
Sa prouesse à Waterloo, on la connaît. Comme on le voit, il l’exagérait un peu. »
Pourquoi je parle de ce personnage ? Cette description et l’acteur de la série britano-américaine les misérables, pour laquelle j’ai écrit un article, me fait penser à un personnage réel, que j’ai rencontré dans la vraie vie.
Cet homme se disait attaché de presse puis relation-presse. Je l’ai rencontré à Paris, j’ai dû le rappeler par téléphone parce qu’il avait en plus oublié notre rendez-vous à la gare. Il m’a entendue pleurer au téléphone et prête à engager toutes mes économies pour qu’il promeuve auprès des journalistes mes livres.
Au téléphone, il m’a promis des miracles, des mirages… auxquels j’ai voulu croire… vous me direz tant-pis pour moi… Un peu comme cette femme qui passe sur tous les réseaux et qui s’est ruinée pour un homme qui s’est fait passer pour Brad Pitt et dont on se moque à gorge déployée… Si elle n’avait jamais entendu ou lu des mots d’amour aussi forts dans son sens, moi je perdais à la fois patience et espoir de trouver un professionnel qui accepterait de m’accompagner dans le domaine relation aux journalistes.
Cet homme, je ne donnerai pas son nom et son prénom, ce serait trop facile… Mais avec la description physique qui se rapproche de celle de Victor Hugo et qui est incarnée de façon très précise par l’acteur Adeel Akhtar, complétée par le fait que cet homme claudiquait, et avait un bras plus court que l’autre, un œil plus gros que l’autre, et une tête plus grosse que la moyenne, se plaignant que son ex-femme le traitait de bon à rien auprès de ses trois enfants, il est possible que vous l’ayez vous-même croisé ou rencontré.
Il m’avait été recommandé par un profil linkedin… J’y ai cru… Il m’a volé… tout en me menaçant d’aller en prison si je bloquais les chèques confiés… tout en engageant sa bonne foi en venant en bla-bla car à ma rencontre sur Bordeaux… tout en me demandant de lui donner une partie de l’argent en cash…
Jusqu’à la rédaction du contrat, qu’il a rédigé devant moi, dans un bar, et imprimé dans une agence de location automobile, à la rédaction des chèques et à la transmission de ce cash, il semblait si aimable… Dès qu’il a eu ce qu’il voulait, il ne m’a plus regardée, ni estimée… Il ne s’est pas retourné pour me dire au revoir… Il a même laissé une trace de miasme dégoûtante sur ma joue au moment de nous embrasser pour nous dire au revoir… J’ai voulu croire en la vertu de l’être humain… Je me suis fourvoyée et j’ai perdu non seulement mon temps et mon énergie mais aussi mon argent… Aucunement mon amour-propre… Grâce à lui, je sais maintenant que ça existe…
Il n’a eu aucun scrupule… Oui, des personnes comme lui existent et il s’agit de prendre garde en ses propres peines et en ce genre d’énergumène qui n’allie pas la parole aux actes… Il s’agit de se faire confiance et de ne pas confier ses trésors à n’importe qui… Croire en soi point, et garder patience et espoir !
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