Échanges épistolaires, relation à distance

Échanges épistolaires, relation à distance

Je m’appelle Albane, j’ai vingt-cinq ans, et je viens de rencontrer un homme mûr, quarante ans. Un concert, de la musique, le hasard, il est à côté de moi, dans la fosse. Il est grand, beau, avec des yeux tragiquement vert et lumineux. Il me regarde, je lui plais. Nous nous sourions, nous chantons en harmonie les paroles de Bruno Mars, nous dansons frénétiquement. Excités de pouvoir nous présenter à notre idole. Je me dis que c’est surprenant d’être autant en connexion. Nous finissons par nous prendre la main, nous unir pour fêter cet instant. J’aime sa main droite qui englobe ma main gauche. Sa peau est si douce, sa chaleur si encourageante. L’évidente attirance s’opère. Mais voilà, il vit loin, loin de chez moi. Il doit partir en Hollande dès le lendemain. Il me laisse ses coordonnées, son email plus exactement. Je n’ai pas accès à son numéro de téléphone. Il ne me cache rien : il est marié et a deux enfants.

Nos échanges sont enflammés, mais l’incertitude de la prochaine rencontre soit exacerbe mes attentes, soit me propulse dans un univers d’infinies réalités. Je pense déjà l’aimer, je me projette si fort et si vite dans ses bras que j’en oublie le temps, mes proches, une concentration indispensable à mes études, mes projets avant lui. Je veux absolument le connaître, au-delà de sa vie maritale et familiale. Et puis, je me lance dans des tirades enflammées :

« Au fur et à mesure que je t’écris, je te sens de plus en plus en moi, pas juste près de moi, juste là, au niveau de ma poitrine. Tu me traverses le corps avec une énergie palpable et revigorante. 

Je me suis amusée à lire et voir tout ce qui te concernait sur le net. Te voir en 2012, 2013 et plus m’a fait sourire. Physiquement, tu as énormément changé, même ton sourire est différent. Comme j’aimerais entendre ta voix, là tout près de mon oreille droite en train de me chuchoter tous ces mots que je suis enchantée de lire ! 

L’imagination a cela d’extraordinaire qu’elle permet de rendre visibles les plus belles pensées. 

Sur le net, j’ai vu ta famille, ta femme et tes enfants. Vous êtes vraiment très beaux. Et tu as œuvré et continues à œuvrer pour que ça soit agréable. J’ai pu percevoir tes jolis yeux verts ! Ils sont magnifiques :

Je pense à toi si intensément !

Tendrement. » 

Et la seconde qui suit me fait me poser de multitudes de questions, parce qu’en réalité, je suis seule, dans ce silence pesant, face à mon ordinateur. Les échanges ne peuvent être directs et spontanés. C’est frustrant ! Je me demande jusqu’où je serais capable d’aller pour lui. Nos mots se multiplient, notre envie de proximité s’intensifie, et nous mène dans le chaos émotionnel et sentimental du vide. Comment devrais-je gérer cette relation ? Je n’en parle pas autour de moi de peur de gâcher ces instants magiques de réciprocité « amoureuse ». Mon corps finit par se manifester, je commence à avoir des douleurs au genou gauche, comme pour m’avertir du danger de poursuivre un tel lien. Alors, je me résous à écouter mon corps, à m’écouter et me comprendre. Je deviens raisonnable pour ma survie. Cette drogue émotionnelle est risquée pour ma santé. Je dois arrêter ce semblant de rapport.

Ami pour toujours il restera, cette connexion a existé et demeurera en moi à l’infini !

 
Sexualité adulée…

Sexualité adulée…

Je m’appelle Camille, j’ai quarante ans. Je me suis donné la possibilité de retrouver une idylle rencontrée il y a longtemps. Elle s’appelle Livia. Elle est rentrée dans ma vie par inadvertance. Le coup de foudre a opéré dès la première seconde où je l’ai vue. Je discute avec des potes dans un bar, dans le centre de Bordeaux. Elle est assise sur un siège haut de bar. Elle est si belle et si joviale ! Je ne peux m’abstenir de venir vers elle. Elle ne bouge pas, elle est souriante et pleine de charisme. Je la veux, je la voudrais dans mon lit. Mais elle m’impressionne tellement que je ne sais comment l’aborder. Je sors d’une relation amoureuse chaotique avec une femme obsessionnelle. Je ne me voyais pas vivre avec elle. Nous n’étions liés que par la sexualité. Elle était prête à tout, elle était si jeune ! Impossible de prendre plus longtemps les responsabilités d’un tel lien. Elle m’étouffait par son désir, par ses fantasmes. L’excès de sexe, de cannabis, de tabac, d’alcool. Nous ne nous arrêtions que le temps pour moi de me rendre au travail, et de tenter d’exercer mon poste de commercial. Je savais que je faisais fausse route. Nous sommes restés plus de deux ans ensemble. La rupture est fraîche, trois semaines, je l’ai toujours dans ma tête, dans mes tripes. Et pourtant, j’ai envie d’un ailleurs, d’une femme plus équilibrée, plus âgée, plus mâture avec qui je peux prévoir toute cette ambition masculine de fonder une famille, d’avoir des enfants qui me ressemblent, qui assurent la lignée. C’est elle que je cherche depuis que je sais et que je ressens que j’existe en tant qu’homme.

Le sexe, il paraît que c’est primordial, que c’est hyper important dans un couple. Mais quand le couple ne se résume qu’à ça et qu’aucune discussion, aucun dialogue constructif ne peut s’opérer, il devient fade, sans goût. Oui, la relation sexuelle peut être rébarbative, répétitive au bout d’un moment. Il semble nécessaire de passer une étape supérieure. En tant qu’homme, je ne peux me permettre de révéler ce fait à mes potos, ils se moqueraient de moi. Eux qui ne parlent que de sexe, de « cul », et encore, je ne suis pas assez vulgaire en vous révélant cela. Livia, j’ai envie de lui faire l’amour, au-delà du désir pour un autre corps, je suis assoiffée de pouvoir partager ce moment charnel et émotionnel avec elle. Lui chuchoter à l’oreille droite toutes les infinies possibilités envisagées en nous unissant pour un temps, ce temps, pour une vie. Elle représente mon idéal féminin. Dès le premier mot prononcé par elle, sa voix, son ton, le mouvement de ses lèvres, son aura, je suis tombé à la renverse, me demandant presque si je ne rêvais pas. Et puis se pose la question de savoir si elle aussi est seule. Et tout s’écroule. Elle sort avec l’un de mes potes. Tout s’ébranle, je ne souhaite que disparaître à son regard afin de cacher toute ma déception et l’indissoluble tristesse qui me contient.

Il me manque du cran, du courage, de l’audace pour continuer et aller plus loin avec elle, alors que j’en ai fortement envie. J’ai fui, c’est tout ce que j’ai su faire. Son prénom, je ne le connais même pas. Je n’ai pas pris ce temps-là, cette petite seconde pour accéder à elle plus tard, pour différer la seconde rencontre. Je suis parti avec les traces de ses mains autour de mon visage, de ses lèvres sur mes joues et cet espoir déçu: « J’espère à bientôt ! »

Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ?



Ennui Infini…

Ennui Infini…

Je m’appelle Désiré et j’ai seize ans. Je pense que mes parents m’ont désiré, parce qu’ils ont sacrifié six ans de leur vie pour enfin me voir naître. J’ai appris qu’il leur était difficile d’avoir un enfant. Ils ont décidé de se mettre d’accord tardivement. Maman, ne trouvant pas d’homme plus malin et plus subtil que papa, s’est contentée d’accepter son sort. Elle donne toute son énergie dans son travail. Elle n’a pas émis de désir plus profond que ça : avoir son propre enfant. Papa l’a poussée dans ses retranchements. Il est une brute, rustre et exigeant avec les autres, et très dur avec lui-même. Il n’a pas idée à quel point je le déteste dans ses coups de gueule, son insatisfaction permanente. J’ai la fâcheuse impression qu’il vit sa vie par procuration. Tout ce qu’il a été incapable de réaliser, il le veut réalisé par moi. Il m’oblige à travailler en classe, à faire mes devoirs, à avoir de très bons résultats. Il m’insulte et me rabaisse quand il n’obtient pas satisfaction. Son père s’est-il comporté de cette façon avec lui ? Il devrait pourtant savoir ce que ça fait. Ses mots blessent, sa violence physique me durcit et me forge une carapace indestructible. Il aurait souhaité avoir la même carrière que maman, il s’est juste facilité l’existence en choisissant une femme carriériste. Il a ainsi la sensation de toucher à ses infinies possibilités. Il est tellement malheureux, ils sont tous les deux si peu compatibles ! Ils ne font que se disputer. Papa gueule sur maman parce qu’elle est trop absente, papa est sur mon dos en permanence, à croire qu’il n’a jamais été adolescent. J’arrive à obtenir tout ce que je veux, matériellement, en culpabilisant maman de son égoïsme. Elle n’arrête pas de me répéter qu’elle fait tout ça pour moi, pour nous. Elle oublie que je ne lui ai rien demandé dans ce sens : il semble évident qu’un enfant ne demande que de l’amour et des règles. Et que pour que cela puisse se concrétiser et s’appliquer, un minimum de présence physique et émotionnelle est nécessaire.

Les adultes sont bizarres, ils vous obligent à faire des choses qu’ils ne feraient pas d’eux-mêmes, ou qu’ils n’aimeraient pas qu’on leur dise de faire. Il suffirait qu’ils nous montrent l’exemple, qu’ils nous guident plutôt que de nous donner des ordres. Franchement, qui peut aimer qu’on lui donne des ordres, à part les militaires, payés en plus pour ça ? Je ne suis pas certain de comprendre les raisons de leur obstination à avoir un enfant si c’est pour se comporter comme des abrutis avec moi. Encore une fois, je n’ai rien demandé, surtout pas l’ennui. Comme je m’ennuie, comme je déteste m’ennuyer ! Même si toutes les musiques, les films, les séries me sont accessibles, je me lasse super vite. Je suis à la recherche de contact rassurant, de présence, de chaleur, de sourire, et je me suis longtemps persuadé que les réseaux sociaux pouvaient combler ce manque, ce vide si imposant en moi. Les années lycée sont plombantes. Plus de liberté qu’au collège, mais pour quoi faire ? Nous n’avons toujours pas le droit de débattre en classe afin de changer le cours des choses, des programmes, de ces livres et ces professeurs soporifiques. Ces derniers osent nous donner des leçons de vie du haut de leur estrade et de ces soi-disant diplômes et connaissances. Ils reflètent l’image de ces hommes et ces femmes qui ont raté leur vie, parce qu’il n’y a aucun amour, aucune affection dans leur manière de transmettre ces pauvres informations qui ne changeront aucunement la direction de ma vie. De mes idées encore moins. Je pourrais leur demander de me donner les moyens de sortir de cet ennui infini, de cette vilenie qui pousse à se torturer l’esprit et l’estime de soi. Mon esprit erre et divague, toute ma richesse intérieure n’attend que d’être stimulée. Et que font les adultes ? Ils obéissent à des lois, des principes, des croyances limitantes. Comment envisager d’utiliser cet ennui pour qu’il me serve de tremplin ? Je dessine, mais ça n’intéresse personne. Mon père me rabâche que ce n’est pas ce qui va me permettre de payer les factures.

Et vous, que disent vos parents pour vous emprisonner et ne pas vous permettre d’exploiter vos ressources infinies ?

 

Rêves Dimanche !

Rêves Dimanche !

Je m’appelle Théodora, j’ai trente-six ans. Je me suis accordé une petite journée détente afin de me retrouver dans mon cocon de bonheur, d’émotions, de tristesse, de mélancolie, de rêves, d’imagination et de fantasmes d’un amour infini. Je le rêve et le bade depuis plus de vingt-deux ans. Dès mes dix-huit ans, j’ai émis l’idée saugrenue de pouvoir être en présence de l’homme que je pourrais aimer toute la vie. Un homme beau, grand, intelligent, et surtout gentil. Des critères normaux pour une femme de mon âge. Un homme à la hauteur de mon souhait de construire une vie à deux, à trois, à quatre, avec des enfants qui pourraient lui ressembler, des enfants adorables à l’image d’une éducation irréprochable. Une éducation bien différente de celle que mes parents m’ont donnée. Je me targue de faire mieux qu’eux, eux qui ne s’aiment plus, qui restent ensemble par habitude, par routine, par confort matériel. Ils ne se parlent plus, ils ne font que partager la même maison. Les chambres sont séparées, les lits laissent un froid. Ce n’est plus un secret. Tout le monde le sait et fait comme si ça n’avait pas existé. Avec mon frère, nous discutons d’eux. Lui, il s’est marié, il a trois enfants, il a l’air heureux. Je l’envie. Le portrait de famille qu’il offre semble si parfait ! Il m’arrive de lui poser des questions sur cette belle réussite. « Comment as-tu fait ? Aimes-tu toujours ta femme ? Je t’admire ! » Yoan me prend dans ses bras pour me réchauffer le corps et le cœur. C’est mon grand frère adoré. Il a sept ans de plus que moi. Je sais qu’il ne veut que mon bien, mais il est triste de me voir si chagrinée et en mal avec la situation de maman et papa, avec ma situation, mon statut de célibataire. Il me rassure, me dit : « Tu es belle comme tout, tu es intelligente et touchante, tu as juste oublié de te centrer sur tes désirs les plus profonds. Très vite, dès l’âge de douze ans, je me suis promis de trouver celle qui m’accompagnerait dans mes aventures professionnelles et personnelles, celle qui m’accepterait tel que je suis et que je chérirais pour cela. Ce n’est pas tous les jours facile, tu sais. Je me suis engagé auprès d’elle, en tout et pour tout, sans déroger à rien. Nous dialoguons beaucoup. Nous fuyons l’ennui et la routine, qui sont pourtant indispensables dans l’absolu pour élever nos enfants dans la plus grande stabilité émotionnelle qui soit. Et ce qui se passe entre maman et papa ne nous regarde pas. C’est leur choix, un choix qui ne regarde qu’eux. »

J’entends ce qu’il dit, et ça me paraît si étranger que je ne pense pouvoir saisir le tiers de son discours. Ça demande tant d’efforts que cela ? Où se trouve la légèreté là-dedans ? J’aimerais tant vivre un amour fou, une folie douce, des vibrations de vésanie… J’ai voulu des enfants de chaque homme rencontré dans les pays étrangers visités, de nationalités différentes. Un peu à la Joséphine Baker, mais les porter, en accoucher et les aimer quelles que soient leur couleur de peau, leur langue maternelle, leur état d’esprit, par plaisir de faire l’amour comme si c’était la dernière fois, avec un contentement inouï, et démontrer à chaque fois de l’amour éprouvé pour cet homme à cet instant précis. Les enfants ne pourraient qu’être beaux, remplis de cet amour, de cette combinaison de folie et de désir. Beaux à en mourir, prêts à renverser le monde afin de propager la béatitude et le ravissement, déplorant les guerres et les tueries qui ne font qu’écourter quelques vies, sachant qu’elles mourront de toute manière. C’est le rêve de mes treize ans, le rêve de ma vie, d’une vie trop fugace pour être réalisée, d’une société si enfermante. Rêve d’arc-en-ciel, de feux d’artifice, de fêtes, de ravissement, de partage et de paix.

Et vous, quel est votre rêve le plus fou ? Pensez-vous le réaliser, donneriez-vous votre vie pour cela ?

 

Mon meilleur ami est un homme

Mon meilleur ami est un homme

Je m’appelle Déborah. Mon meilleur-ami est un homme, et cela pose problème à la personne qui me convoite. Il le traite de tous les noms, se targuant d’être plus intelligent, plus comique, d’avoir plus de sex-appeal que lui. Mon meilleur ami s’appelle Sélim, il a cinq ans de moins que moi, et en lui, j’ai trouvé une âme sœur. Personne après mes parents n’a jamais été aussi présent que lui. Il est là à chaque fois que j’ai besoin de parler, à chaque fois que je me sens découragée, à chaque fois que je me sens seule. Je ne comprends pas les réactions de Gabriel. Il est jaloux parce que j’ai décidé de passer un week-end avec Sélim, sans lui. Il ne le supporte pas, et quand il ne supporte pas quelque chose, il le descend. C’est plus fort que lui. Il anéantit toutes les personnes qui peuvent me faire du bien. Je me demande s’il aurait réagi de la même manière si Sélim avait été une fille. Gabriel a besoin d’exclusivité, de se sentir unique auprès de moi. Il l’est, logiquement, simplement, d’un point de vue mathématique et physique, c’est lui qui m’attire. Il me fait vibrer, me touche au plus profond de mon cœur. Mais il est aussi source de tracas et de désespoir. Il souhaite obtenir la première place, la priorité, que je lui donne avec plaisir, mais il ne comprend pas, n’accepte pas ma relation d’amitié avec Sélim.

Pourquoi Gabriel a-t-il autant besoin d’entrer en compétition avec Sélim ? Qu’est-ce qui dans sa vie a manqué pour s’exprimer avec douleur ? Il sait que j’ai eu une histoire d’amour avec Sélim au tout début et que ça n’a pas duré, parce que je ne me voyais pas vivre une vie d’amour amoureux avec Sélim. Sexuellement, ce n’était pas la panacée. Nous le savions tous les deux, je ne le désirais plus, je l’ai vite considéré comme un jumeau, mon miroir émotionnel. Je l’aime plus qu’un frère, et je ne l’aime pas comme un amant. Avec lui, je me sens en sécurité, je peux être moi-même, et réciproquement. Nous nous aimons inconditionnellement. Avant lui, j’ai cherché dans tous mes amants cette perfection des sentiments et des émotions, cet idéal affectif. J’avais beau chercher, je me suis confrontée à des murs, des hommes peu enclins à prendre le temps de parler, d’entendre ce que je ressentais, à comprendre qu’il puisse y avoir des déséquilibres sentimentaux quelquefois. Je me suis heurtée à des hommes sans âme, qui dès qu’ils m’avaient mise dans leur lit, ont cru qu’ils pouvaient faire n’importe quoi de moi. Dès que je me suis permis de m’exprimer, d’analyser la situation, de tenter d’être comprise, j’ai été considérée comme une emmerdeuse, une hystérique, une folle qui devait consulter, une malade. La culpabilité demeure ce sentiment si humain qu’il ne sert à rien d’autre qu’à me rabaisser. Elle touche ma confiance en moi-même, l’estime de moi-même, elle m’efface, me fait disparaître sous le joug de l’autre dominant.

Depuis Sélim, je sais que ce que je ressens est normal, que j’ai le droit d’être en colère parce qu’on piétine ma dignité. Et Gabriel ne veut pas concevoir que je sois si à l’aise avec Sélim. Il peut arriver que je ne dise pas certaines choses à Gabriel de peur d’être jugée, sous-estimée, mésestimée. Il me confie que je peux tout lui dire, mais ce n’est pas vrai. Il explose, s’énerve quand je lui communique ce qui ne va pas, ce qui me dérange dans son comportement, son attitude. Il dit que je lui fais des reproches, et il ne le supporte pas. Je suis amoureuse de lui, alors je ne sais plus quoi faire.

Que feriez-vous à ma place ?

 

Hommage à Doris Lessing

Hommage à Doris Lessing

Selon Doris Lessing, écrivaine britannique et Prix Nobel de littérature en 2007, « Ecrire sur soi-même c’est écrire sur les autres, puisque vos problèmes, vos souffrances, vos plaisirs, vos émotions — et vos idées extraordinaires et remarquables — ne peuvent pas n’appartenir qu’à vous. La façon de régler le problème de la « subjectivité », cette affreuse tendance à se préoccuper de l’infime individu qui se trouve en même temps pris dans une explosion de possibilités terribles et merveilleuses, consiste à voir en lui un microcosme et ainsi à dépasser le personnel, le subjectif, pour rendre le personnel général, comme le fait évidemment la vie, transformant une expérience intime — du moins le croyez-vous lorsque vous êtes encore enfant, « je suis amoureuse », « j’éprouve telle ou telle émotion, je pense telle ou telle chose » — en quelque chose de plus ample : grandir consiste en fin de compte à comprendre que sa propre existence incroyable et unique est ce que tout le monde partage. » (Le carnet d’or, 1976, page 18)

Doris Lessing - Andy marks amstrong - relation d'amour

En ce sens, je me suis sentie prête à partager de mon imagination et de ma vie professionnelle et personnelle. Au risque d’en choquer quelques uns, d’en émouvoir d’autres, je me plonge dans mes récits en m’attachant en permanence à mes personnages. J’aurais été d’avis de rencontrer cette grande dame de la littérature, malheureusement, elle est morte en 2013, à l’âge de 94 ans. J’aime sa manière de décrire la littérature, sa liberté d’expression et de vie. Le cinéma m’a menée à elle, en 2013, avec la diffusion sur les grands écrans du film de la réalisatrice française Anne Fontaine, intitulé Perfect Mothers. L’adaptation de son livre Les Grands-mères, publié en 2003, m’a touchée profondément non seulement par les images magnifiques de la côte ouest de l’Australie mais également par les relations passionnelles qui se nouent entre les protagonistes de générations différentes. L’amitié et l’amour en sont les sujets principaux, la rencontre charnelle et émotionnelle porte l’étendard de l’absolue beauté de la vie. Ses vibrations positives, ses retours troublants et déstabilisants. Le tourbillon des émotions se plie dans le regard de chacun. Le style littéraire de Doris Lessing laisse présager des pensées projetées sur l’autre.

J’aime son engagement d’être, de n’être soumis à aucun régime, de ne suivre que son instinct de dire, d’agir, de savoir. Lire ce que nous voulons lire, au moment où nous sommes prêts à le lire, lire le premier chapitre d’un livre, puis son dernier chapitre, lire ce qui nous intéresse, voilà ce qui renvoie au plaisir de la littérature. Je sais que j’ai commencé des livres, sans jamais les finir, parce que trop long, trop rébarbatifs en milieu de parcours. Je m’amuse à les découvrir autrement, à ma convenance, avec l’audace de survoler certains passages, d’en surligner d’autres, d’en ignorer la plupart, pour être submerger par cette liberté infinie de la lecture, des images, des sons, des odeurs, des souvenirs, des associations d’idées, des émotions défilant et circulant en moi, comme un film savoureux et langoureux. Que chacun puisse s’ouvrir à lui-même !

Et vous à quel écrivain souhaitez-vous rendre hommage ? Comment vous y prenez-vous pour prendre plaisir à lire ? Lire, découvrir, vous ouvrir à un autre monde plein de vos images animées par les mots de l’autre, vivant ou mort, remplis de messages, de massages du cerveau…Tout paraît si tranquille et si calme dans cette posture de lectrice, allongée là sur mon lit ou sur mon canapé à nourrir mes rêves les plus fous, mes fantasmes les plus effrénés.

J’écris et j’aime la manière dont mes doigts s’activent à rendre visible mes pensées .

A vous de jouer !

 

Création de site internet