par Joéline Andriana | Fév 3, 2020 | Psychologie
« Le sentiment est un ami du don et ennemi de l’échange », écrivait Aristote. « Je regrette l’heureux temps où le sentiment réglait tout », selon Émile Chartier, dit Alain.
Je m’appelle Sidonie, et j’ai trente-cinq ans. Je suis dans une étape de ma vie où j’ai besoin de me sentir en sécurité. J’ai fini par détester l’humanité à force de prendre de grosses claques sous forme de jugements sur ma vie amoureuse. Mes amis, que je pensais de vraies sources d’énergie et d’amour, se sont éloignés dès lors qu’ils se sont mis à m’envoyer balader. Mes peines de cœur ne les intéressent plus. Ils disent qu’avec moi, c’est toujours la même chose, ça finit toujours de la même manière avec les hommes que je rencontre. Je ne me suis plus sentie à ma place parmi eux, je me suis sentie souillée. Souillée parce que je me suis surprise moi-même à me dévaluer, à me mésestimer. C’est vrai, ils ont raison, mon passé n’est fait que d’un cimetière d’amour, d’espoirs. Je ne suis plus une adolescente et pourtant, dès que je me sens bien avec un homme, je m’imagine que c’est l’homme de ma vie, le fameux « bon ». Mais qu’est-ce qui me prend ? Ai-je eu tort d’y croire à ce point ? Aurais-je dû le garder pour moi pour ne pas être fustigée de tous les mots les plus ignobles de la part de ceux en qui j’avais confiance ? Aurais-je dû rester à ma place et ne pas tenter de vivre ces expériences amoureuses ? C’est en fait moi, le problème. Je finis par me poser la question de la meilleure manière de vivre une relation d’amour, d’amitié.
J’en arrive à annihiler mes sentiments, comme des ennemis du bien, du bon dans les interactions. J’espérais que l’on me comprenait de même que je prenais le temps d’écouter et de comprendre, tout en acceptant mes amis tels qu’ils sont. Choquée, je suis restée choquée par tant d’indifférence et de rejet. Mal, je me sens mal de ne plus réussir à partager mes émotions. Je deviens misanthrope, je me laisse aller à manger, je me reclus chez moi. Impossible de sortir sans l’angoisse de croiser une personne malveillante.
J’en ai assez, je suis fatiguée… Mes émotions me jouent des tours. Je me sens si seule… Je ne sais plus à qui parler, me livrer. Demain, j’appelle ma psy, je ne peux pas continuer comme ça. Ça ne me ressemble pas, moi qui suis joviale et empathique, amusée de tout, émerveillée par les nouveautés de la vie, les aventures offertes par les hasards du temps, de l’espace. Je ne sais plus qui je suis, je suis perdue.
J’aimerais tant que la seule évocation de mes sentiments puisse régler tout malentendu ! Je sais qu’il est primordial de ne pas garder mes sentiments pour moi. Je décide de les poser sur le papier, je décide de prendre le téléphone et d’appeler mes « amis » afin de leur dire ce que je pense, la colère, puis la tristesse d’être balayée comme une vulgaire poussière. Peu importe ce qui adviendra, je ne peux pas me fourvoyer. Honnête avec moi-même, c’est tout ce que je peux être à l’heure actuelle. Il est légitime que je ressente de l’injustice et de la déception, il est essentiel que je retienne tous les bons moments du passé, de mon passé amoureux, de mon passé amical, il est primordial que je retrouve confiance en moi. Prendre les choses en main, parce que personne ne peut le faire à ma place.
J’ai juste besoin que l’on valide cette voie, ma voie. J’ai uniquement besoin qu’on entende ma voix afin de récupérer ma pleine place dans ce monde, si bizarre que cela puisse paraître.
Et vous, comment faites-vous pour vous sentir à votre place ?
par Joéline Andriana | Jan 27, 2020 | Psychologie
Je m’appelle Vadim, et j’ai cinquante ans. J’aimerais bien tomber amoureux d’une jeune et jolie femme. Mais je me sens si vieux déjà ! Personne ne m’a dit qu’à cet âge-là, on est amené à subir les affres du temps de façon aussi insidieuse. En plus des rides et des cheveux blancs, si apparents, j’ai découvert que les kystes, les bosses, les lipomes qui se sont installés là, sous ma peau, comme des preuves de mon irresponsabilité dans ce que j’ai pu manger, ou pas, dans mon rythme de vie. Je ne fume pas, je ne bois pas pourtant. J’aime manger de la viande, des chips, des choses un peu grasses, ce sont les seuls plaisirs que je m’octroie. Avec le sport, un peu de musculation, j’ai l’air d’un homme qui prend soin de lui.
Au fond, je sais que je vieillis et que je prends la mauvaise pente. Je suis divorcé depuis plus de cinq ans. J’ai vécu avec la même femme pendant vingt ans. Nous sommes restés amis. Nous n’avons pas pu avoir d’enfants. Comme j’aimerais en avoir ! C’est trop tard, d’après vous ? Si je rencontre une femme demain, il nous faudra un peu de temps pour nous connaître, pour tomber amoureux, un an sera déjà passé. Prendre le temps de partir en voyage, de nous amuser avant d’envisager de fonder une famille. Deux ans seront encore passés. J’aurai cinquante-trois ans. Si je calcule bien, quand j’aurai soixante-deux ans, mon enfant n’aura même pas dix ans. Qui, à dix ans, rêverait d’avoir un père vieux et incapable de donner un peu beaucoup de lui pour jouer au laser game, au ballon, aux jeux dans l’eau ? Et puis, si je veux vraiment un enfant, est-ce que toutes ces questions comptent vraiment ? Quand les femmes de cinquante-deux ans tombent enceintes accidentellement, parce que pensant être en ménopause, elles ne se protègent pas pendant un rapport sexuel avec leur mari, et qu’elles décident de le garder, qu’est-ce qu’on en dit ?
C’est la vie, c’est tout. Ça fait partie du cycle de la vie. Tout a des conséquences, tout ce que nous faisons a des conséquences. Si je ne fais pas d’enfants, d’autres en feront, même à mon âge. Pourquoi je me priverais d’en avoir ? L’idéal serait que je sois amoureux de cette femme qui sera la mère de mon enfant. Pour ça, il faut qu’elle soit jeune… Mon voisin, qui a cinquante-cinq ans, vit bien avec une femme qui a plus de vingt ans de moins que lui. Ils ont deux bébés, des jumeaux, il a l’air très heureux. Il a deux enfants plus âgés de vingt-cinq ans et vingt-deux ans. Deux garçons aussi. Tout le monde semble accepter cette union et cette situation familiale.
Qui oserait juger ? Et ça servirait à quoi puisque les personnes se donnent le droit et la liberté de faire ce qu’elles veulent ? La loi ne l’interdit pas. Est-ce que je vais passer pour un vieux pervers si je décide maintenant d’avoir un enfant ? Si je choisis de tomber amoureux d’une jeune femme ? Si je me permets de m’accomplir à travers une vie de famille dont j’ai toujours rêvé ?
Qu’en dites-vous ?
par Joéline Andriana | Jan 20, 2020 | Psychologie
Je m’appelle Jérôme et j’ai quarante-cinq ans. Je suis célibataire, sans enfant. Je n’en veux pas. Les femmes que je rencontre ne comprennent pas. Elles sont toutes prêtes à avoir un enfant avec moi, à se marier. On ne se connaît pourtant pas. Mais qu’est-ce qui leur prend ? C’est vrai que je suis un beau gosse, il ne faut quand même pas exagérer. Qui a dit qu’il fallait se marier et avoir des enfants pour être heureux ?
Quand j’entends mes collègues de travail se présenter en formation, je suis abasourdi. L’un dit : « J’ai cinquante-cinq ans, je suis marié et j’ai deux enfants », l’autre déclare : « J’ai cinquante-deux ans, je suis mariée et j’ai un enfant », et puis le suivant : « J’ai soixante-deux ans, je suis marié et j’ai quatre enfants » tout en continuant à décrire leur cursus universitaire et professionnel. Quand arrive mon tour, je me sens obligé d’appuyer sur le fait que je ne suis pas marié et que je n’ai pas d’enfant. Ça dénote, quand même. Je sens leur regard pesant et étonné sur moi. Je suis différent et je ne me sers pas des êtres humains qui m’entourent comme de trophées, de preuves d’une valeur quelconque de fidélité, de stabilité. Surtout que la plupart passent leur temps au travail et ne s’occupent ni de leurs enfants ni de leurs partenaires. Et parce qu’ils passent autant de temps au travail, ils restent entre eux et entretiennent quelquefois des relations sexuelles, amoureuses.
C’est marrant, parce que je me suis toujours interdit d’avoir des relations intimes au travail. Je fais en sorte de distinguer le monde personnel et professionnel. Je rencontre mes idylles lors de soirées, de sorties entre amis, des speed datings. J’adore entrer en relation avec de nouvelles personnes. J’ai la forte impression de ne pas faire partie du même monde. Parce que je fais le choix de ne pas avoir d’enfant, la conséquence est que je suis hors norme, qu’on me met en dehors de la société, d’une société dans laquelle il est absolument nécessaire de rentrer dans le moule pour être accepté. C’est bizarre, quand même ! Je suis un homme, ça semble plus facile comme ça. J’ai des retours du genre : « Tu as encore le temps, les hommes font des enfants jusqu’à soixante-dix ans… » Ils ne sont pas bien du tout. Je n’imagine pas les femmes de mon âge et qui sont dans mon cas. On ne peut pas se permettre de leur dire ça, à elles !
C’est aussi plus facile pour moi, parce que comme je suis certain de ne pas avoir envie d’avoir des enfants, j’ai pris rendez-vous pour subir une vasectomie. C’est plus simple, je n’aurai aucun problème de « trahison ». En couple, ma partenaire n’aura aucun besoin de se protéger, de prendre la pilule, ou de subir une opération trop importante. Moi, je n’ai besoin que d’un chirurgien, de dix minutes et le tour est joué. Il paraît aussi que c’est réversible. Je vais me renseigner davantage. C’est tellement bon de prendre ses responsabilités, d’être clair avec soi ! On pourrait me demander : « Et si tu tombes amoureux d’une femme qui veut absolument des enfants ? » Je répondrais : « On verra, on discutera, mais ce n’est pas ça qui nous séparera si nous nous aimons d’un amour sincère »
Suis-je trop idéaliste ?
Qu’en pensez-vous ?
par Joéline Andriana | Jan 13, 2020 | Psychologie
Je m’appelle Amalie et j’ai quinze ans. Je suis une jeune fille pleine d’ambition et d’énergie. J’aime la vie et les filles. Je n’ai pas hésité à le dire à maman, qui elle-même aime les femmes. Elle vit avec mon autre maman, que j’appelle par son prénom, Alex. Parce que c’est maman qui m’a mise au monde, je l’appelle comme ça. Elles ont été en accord pour que ça fonctionne comme ça dans la famille. Je sens bien que quelquefois, ça ne convient plus à Alex. Elle se sent un peu à part, prenant le rôle de « l’homme » de la maison. Elle bricole beaucoup, elle n’est pas vraiment avec nous. Quand elle est présente, elle n’ose pas trop intervenir, parce que ça finit toujours en dispute. Maman est très contrôlante, elle ne lui laisse pas de place auprès de nous, comme si elle était la seule à savoir ce qui est bon pour nous. Mon frère, Antoine, et moi. J’aime être avec Alex, parce qu’elle est plus rigolote, elle prend les choses plus à la légère, on a plus le droit à l’erreur, à la détente. Une chambre pas rangée ne fait pas scandale, une vaisselle pas lavée, ce n’est pas la fin du monde. Maman est super crispée. Je l’entends souvent dire qu’Alex ne l’aide pas assez, qu’elle doit décider de tout, qu’elle se sent seule.
Je me permets quand même de lui dire qu’il faudrait qu’elle ait confiance en Alex, qu’elle lui donne le droit de dire ce qu’elle pense, ne serait-ce que pour l’organisation de la journée, les vêtements que l’on porte, les week-ends, les destinations de voyage, les soirées… Mais maman m’en veut à chaque fois que je lui dis ça. Elle me dit que je ne suis pas de son côté, qu’elle fait ce qu’elle peut pourtant pour que je sois heureuse, que j’aie tout ce qu’il faut pour réussir dans mes études… Certainement, Alex contribue aussi à mon bonheur et si maman ou Alex ne sont pas bien, je ne peux pas être bien moi-même.
Je ne veux pas prendre parti, je ne veux pas attrister maman ou Alex, mais je pense qu’elles ont des choses à régler et vite. Ça me donne à réfléchir sur la vie de couple et sur les raisons qui les ont amenées à être ensemble et à fonder une famille. Je ne ressens pas vraiment leur amour. Ce truc que j’aimerais tant vivre avec Louna. Ce sentiment que j’aimerais qu’elle ressente pour moi aussi. Je me demande si maman et Alex ont été amoureuses. La réponse semble évidente, mais je me la pose. Pourquoi se seraient-elles battues aussi fort pour rester ensemble, qui plus est se marier, avoir des enfants, construire une maison, une piscine, s’acharner à aller travailler tous les jours pour payer tout ça, si ce n’est qu’elles étaient tombées littéralement amoureuses ? Pourquoi elles ne se parlent pas plus pour tenter de régler les choses, réajuster leurs émotions, leurs comportements afin de se sentir mieux ensemble ? Je ne comprends pas… Elles s’évertuent à garder les choses comme elles sont, considérant probablement qu’elles n’ont ni le temps, ni l’énergie, ni l’amour nécessaires pour changer, attendant que l’autre fasse la démarche pour arranger les choses. Mais elles sont toutes les deux responsables de tout ce qui leur arrive. C’est quoi, ce truc qui amène les personnes à se renvoyer la faute et à ne pas se permettre d’arranger la situation afin de continuer à s’aimer comme au premier jour ?
La fatigue, la routine, les habitudes, les mêmes rengaines font que tout se fige et se cristallise, se délite jusqu’au moment où le mépris s’installe avec le jugement, l’interprétation négative des mots et des gestes de l’autre.
Comment je fais, moi, dans tout ça ? Au milieu de tous ces malentendus, de ces tensions ?
par Joéline Andriana | Jan 6, 2020 | Psychologie
Je m’appelle Lenny, et j’ai quinze ans. Je suis embêté parce que je n’arrive pas à me mettre au travail pour réussir au lycée. J’ai l’impression de ne pas être capable d’atteindre mon objectif, qui est de transmettre des informations partout dans le monde. Pourquoi faut-il passer par des études ennuyeuses en seconde générale pour obtenir un bac qui ne rentre pas du tout dans mes perspectives professionnelles ? Je me sens si différent, si peu enclin à obéir à des lois qui demandent cette obligation scolaire jusqu’à l’âge de seize ans ! Je suis tellement plein d’énergie, mais pour des choses qui m’intéressent : le sport, les jeux vidéo, les copains, les copines, la musique, le cinéma, les sorties… l’amour, la sexualité, les voyages, les nouveaux horizons. J’en ai marre de rester dans cette même famille, au même endroit, dans un établissement qui n’en a que faire de ses élèves. Les mêmes programmes depuis des décennies, d’après ma mère, les mêmes livres à lire et des explications de texte qui ne m’apporteront rien de très riche. Je veux être reporter, je veux manipuler les vidéos, faire des documentaires, des films auxquels tout le monde pourra accéder, je serai en plus en mesure d’apprendre, d’aider, d’assister, de créer mon emploi, donc de gagner de l’argent afin d’être autonome. Qui a dit que quinze ans, c’est trop jeune pour commencer à se réaliser ? Des personnes de plus de cinquante ans qui ont peur qu’on leur prenne la place ? Des hommes de loi qui ont ainsi le temps de manœuvrer les jeunes pour continuer à les embrigader et les pousser à penser comme eux ?
Je veux juste être libre de penser par moi-même, que mes parents m’aident à m’épanouir, mais ils semblent encore plus lobotomisés que moi : « Tu dois avoir ton bac, même si ce n’est pas marrant, on ne fait pas toujours ce qu’on veut, tu sais ! Tu n’as que ça à faire, écouter en cours, faire tes devoirs, apprendre des notions qui t’aideront à entrer dans le moule, à faire comme les autres, à réussir dans ta vie ! Tu veux devenir clochard ? C’est ce que tu veux ? » Voilà ce que j’entends. Mais de quoi ils parlent ? Ils sont passés par là, pourquoi ils ne me donnent pas les moyens d’être heureux en mettant en avant mes atouts, ce que je suis et en cherchant des personnes capables de m’accompagner dans mes désirs les plus profonds ? Pourquoi ? Parce qu’il leur plaît d’être tranquilles parmi les humains, d’avoir une routine, de ne pas se démarquer, de ne pas se faire remarquer…
Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? Ils savent que la vie est courte, et que je suis pressé d’être bien, d’être au mieux dans ma peau ? D’accord, il y a des mecs de mon âge qui ne savent pas ce qu’ils veulent faire dans leur vie, mais moi, je sais, alors pour les personnes comme moi, on fait quoi ? On laisse retomber cette force et cette énergie, cette motivation interne et personnelle ? On les abandonne dans les méandres de la « connaissance scolaire » démodée et harassante avec des profs qui font leurs cours et qui repartent aussitôt le cours terminé ? Ils ne s’intéressent même pas à nous, ils n’attendent pas quelques minutes à la fin du cours au cas où on aurait des besoins, des remarques, des envies… Ils ne nous interrogent pas sur nos hobbies, sur ce qui nous motive à venir en cours. Ils savent que je déteste leurs airs hautains de personnes qui pensent tout savoir, détenir des connaissances qu’ils répètent à longueur de journée comme des perroquets ? Quel sens donnent-ils à ce qu’ils font, d’ailleurs ? À quinze ans, je veux découvrir le monde, je veux bouger mon corps, ressentir tout ce qu’il y a à ressentir, voir tout ce qu’il y a à voir avant de mourir. Parce qu’on est tous amenés à mourir, alors réveillez-vous !
Qui pourrait bien entendre ce cri de désespoir ? Qui pourrait bien m’aider à changer la donne si ce n’est mes parents et ma famille ?
par Joéline Andriana | Déc 11, 2019 | Psychologie
Je m’appelle Angèle et j’ai vingt-huit ans, je suis célibataire depuis maintenant plus de quatre ans. Je souhaite devenir productrice de cinéma. Je travaille toute la journée en tant qu’expert-comptable dans une petite ville du Sud-Ouest de la France. Je cherche à me former à distance ou tout simplement auprès d’un spécialiste en la matière. J’obtiens des contacts, je les appelle et me rends compte qu’ils me découragent en me disant :
— Vous avez de l’argent ?
— Non.
— Vous vivez à Paris ?
— Non.
— Sans argent et sans habiter à Paris, ce n’est pas possible. Rien ne se fait en dehors de Paris.
Cette discussion m’a amenée à revoir mon rêve. Comment avoir de l’argent et ensuite vivre à Paris pour accéder à cette projection de réussite ? Je suis restée coite, interdite, muette, j’ai commencé à lui parler sèchement, j’ai fini par raccrocher et me mettre en colère. Je me suis mise à le défier, cet homme que je n’avais jamais vu : « Ah oui, tu le prends comme ça ? Tu vas voir ce que tu vas voir ! Certes, je n’ai pas d’argent, mais c’est surtout grâce à ce rêve que j’en aurai par milliers, par milliards, et j’espère que tu seras toujours vivant pour assister à ça et m’appeler à ton tour pour demander une collaboration ! » En faisant mon sport du matin, en pleine nature, je me suis trouvée presque ridicule de me dire tout ça. Défier un homme que je n’avais jamais vu ! C’est moi que je défiais, c’est à moi-même que je transmettais ce message ! Alors oui, je vais tout mettre en œuvre pour accéder à cette nouvelle carrière d’images et de mouvements des émotions, avec le respect de la personne que je suis.
Et puis vient la question de l’amour ! J’ai vachement envie de tomber amoureuse. Je rencontre des hommes et je me confronte à des refus, c’est assez inédit pour moi. Je suis assez jolie, intelligente, souriante, pleine d’ambition, mais je vais vers des hommes qui ne semblent pas en mesure de m’accepter telle que je suis. Je ne comprends pas, je cherche à identifier ces difficultés et surtout à ne pas tout prendre pour moi. Ils ont le droit de refuser, mais qu’est-ce qu’ils refusent ? Mon exigence, mon rythme trop rapide, mon authenticité, ma dissemblance ? Ces hommes-là m’attirent parce que justement ils sont complètement différents de moi, et tout particulièrement parce qu’ils sont très beaux, à mes yeux. Est-ce que c’est moi qui prends le mauvais chemin ?
Un matin, je me lève et ouvre mon téléphone. Je vois que s’affiche un numéro qui a tenté de m’appeler en pleine nuit, à quatre heures seize du matin. Je ne connais pas ce numéro, il n’est pas dans mon répertoire téléphonique. Je décide de lui écrire un SMS lui demandant son nom et son prénom. C’est Aksel, un garçon avec qui j’avais passé un super et court moment. Il m’annonce qu’il est désolé parce qu’il a fait une mauvaise manipulation. Comment devrais-je réagir ? Je me mets en colère. Je lui propose de supprimer mon numéro de son portable parce que ça lui éviterait de refaire ce genre d’erreur.
Et là, j’avoue que je ne sais plus ! Je suis perdue, j’ai la fâcheuse impression que le sort s’acharne, ou que finalement, il m’envoie un message pour émettre l’idée que c’est bon signe, que je dois emprunter d’autres chemins pour m’épanouir. Lâcher cette colère et me rassurer sur le fait que je suis capable non seulement d’être heureuse mais aussi de réussir dans tous les domaines de ma vie.
Vous en pensez quoi ? Avez-vous déjà vécu ce genre d’histoire ?