« On pouvait appeler M. Myriel (évêque de Digne) à toute heure au chevet des malades et des mourants. Il n’ignorait pas que là était son plus grand devoir et son plus grand travail. Les familles veuves ou orphelines n’avaient pas besoin de le demander, il arrivait de lui-même. Il savait s’asseoir et se taire de longues heures auprès de l’homme qui avait perdu la femme qu’il aimait, de la mère qui avait perdu son enfant. Comme il savait le moment de se taire, il savait le moment de parler. Ô admirable consolateur ! il ne cherchait pas à effacer la douleur par l’oubli, mais à l’agrandir à la dignifier par l’espérance. Il savait que la croyance est saine. Il cherchait à conseiller et à calmer l’homme désespéré en lui indiquant du doigt l’homme résigné, et à transformer la douleur qui regarde une étoile. »
« Comme il savait le moment de se taire, il savait le moment de parler. »
Victor Hugo, Les misérables.
Nous pouvons dire que c’est une véritable qualité qui est recherchée depuis toujours. Quand et avec qui avez-vous eu la sensation d’être écouté, compris et accepté tel que vous êtes, dans votre douleur, votre souffrance ?
Je suis encline à entrer en relation avec ce genre de personnes, attentionnées et présentes, quel que soit les circonstances. Et je vous avoue que c’est très rare. A la fois parce que les contraintes de la vie quotidienne prennent le dessus et parce que les individus ne sont plus curieux de façon saine de l’autre, de son bien-être…
Je suis également encline à entrer dans la peau de cette personne attentive et à l’écoute des miens, de mes proches et de mes connaissances. Je sais que c’est essentiel, je sais que c’est important de nouer des relations de proximité, de confiance… Je le sais que trop…
Je sais aussi qu’il n’est pas aisé d’entrer dans la peau de cette personne attentionnée. Cela demande énormément d’altruisme, ou plus que ça, de l’amour tout simplement pour soi et pour la personne avec qui on est en contact.
Comment faire pour ne pas tomber dans le pathos lorsqu’une personne vous expose ses problématiques, ses inquiétudes et ses angoisses ? En étant juste là et en la responsabilisant sur ses potentialités et ses capacités de rebondir.
C’est en l’écoutant que vous saurez la rassurer. Bien évidemment, cela demande de l’expérience et beaucoup d’abnégation… de l’intérêt pour l’humanité.
Une passation du pouvoir d’être bien et de faire le bien…
Le dialogue de fin de série entre l’inspecteur Javert (J) et Jean Valjean (JVJ) m’a interpellée dans la vraisemblance entre ces deux personnages, des valeurs acquises par l’un et apprises par l’autre.
Entendez, ou plutôt lisez ce moment d’échange dans ce carrosse qui devrait mener Jean Valjean en prison :
JVJ. Emmenez-moi chez moi quelques minutes seulement. Ensuite, vous ferez de moi ce que vous voulez.
J. Très bien, allons-y. Ce jeune homme, était-ce quelqu’un de particulièrement proche ? Était-il cher à votre cœur ?
JVJ. Bien au contraire, car s’il s’en sort, il aura pour dessein de me priver de mon unique bonheur.
J. Mais alors pourquoi ? Vous êtes donc fou ?
JVJ. Non, je ne crois pas. Et vous ?
La rencontre de ces deux personnages dépeinte par Victor Hugo et remaniée par le réalisateur donne à se poser de grandes questions sur le sens de sa propre vie. Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ? Par amour ? Par subtile réconciliation avec nous-mêmes ? Par devoir ?
J’ai adoré cette réponse à cette question, et ce retournement de question à la personne qui l’a posée. C’est toujours intéressant de répondre à une question posée et de la retourner à l’interlocuteur. Parce que si elle est posée c’est qu’elle la concerne au plus haut point. Tenter de comprendre l’autre, c’est tenter de se comprendre. A partir du moment où Javert n’a pas réussi à comprendre les actes héroïques, donc altruistes de Jean Valjean, alors qu’il était censé se figer dans l’image d’un galérien sans aucun sens des valeurs, il s’est heurté à ses propres convictions et n’a donc plus trouvé un sens à sa vie. Il a fini par se suicider.
Ici, Victor Hugo s’attache à dévoiler les préjugés, les principes qui finalement nous habitent toutes et tous. Il s’attache également à croire que l’individu peut changer et modifier son orientation dans ce monde, grâce à l’intervention d’un autre bienveillant, habité par un être divin, plus grand.
Et si tout pouvait être aussi simple que le préconise Victor Hugo, dans la transmission, dans les fondements du don pour faire entrevoir un espoir, une possibilité de percevoir le monde de façon idéaliste ? Et si c’était si simple, pour quelles raisons certains d’entre nous se laissent aller à l’auto-sabotage ?
L’article sur la facilitation sociale peut donner un commencement de réponse à cette question fondamentale.
Je l’ai découverte lors d’une exposition à Dax, il y a plus d’un an.
J’y ai pris quelques notes.
Son retour d’expérience m’a émue, parce que ce sont des vérités que je m’applique à suivre de façon instinctive et nécessaire pour l’écriture de mes livres. Pour que la création trouve à être humaine et non artificielle, il me semble essentiel de suivre ces six suggestions :
Restez toujours vous-même, c’est-à-dire qu’en marge de nos études pour le dessin, la perspective, la composition et tous les enseignements à venir, vous devez garder votre trait, propre, vos idées propres et votre façon de voir les choses. C’est votre trésor intérieur que rien ne peut et ne doit détruire. (Ceci écrit, il est possible de lire mon article intitulé la comparaison sociale : un automatisme humain complexe, pour tenter de s’en affranchir et donc pour rester soi-même).
Travaillez toujours par l’observation et suivez vos émotions, tristes ou sereines, exercez votre mémoire visuelle déclenchée par le choc émotif pour créer l’image mentale qui devient sur votre toile l’expression essentielle de votre moi profond. Gardez vos couleurs propres au réel au figuré sans vouloir à l’avenir reproduire des œuvres déjà faites et vues autour de vous.
Pensez que votre dernier tableau est comme le premier essai que vous faites, en fait, il est l’aboutissement de tous les autres ; mais ne songez ni regardez jamais les précédents ; vous savez que le plus beau est celui qui n’est pas encore fait.
Ne retenez jamais les avis, compliments ou critiques sur vos recherches, une personne aime et comprend, l’autre non, aucune importance, suivez votre ligne droite d’artiste qui toute sa vie cherche à créer une œuvre sincère qui ne ressemble à personne d’autre au monde.
Et pour finir, c’est vous seul, avec le temps, les années, les tableaux ratés et ceux qui sont beaux, qui allez acquérir tout doucement la clairvoyance, votre jugement modeste et sincère fera le reste. Soyez content d’avoir bien travaillé, d’avoir osé faire quelque chose, mais ne soyez pas content de vous longtemps, chaque tableau à votre insu prépare le suivant et ceci toute la vie… d’artiste « vrai ».
Sound of metal (2020) avec Riz Ahmed magistral, a reçu l’oscar du meilleur acteur en 2021, musicien perdant son ouïe, s’isole parmi les sourds. Vend tout ce qu’il a pour se faire opérer et avoir un implant.
Sa relation avec Lou est une relation d’interdépendance. Ils se sont sauvés la vie mutuellement. Lui est fils d’une infirmière militaire, passant son enfance d’un pays à l’autre. Louise dit Lou est la fille d’une mère qui l’a éloignée de son père et qui s’est suicidée. Louise se scarifie.
Ruben Stone et Lou sont ensemble et font des tournées musicales avec le camping-car de Ruben. Dès qu’elle apprend qu’il devient sourd, elle appelle Hector (le père de Lou) qui lui a trouvé une communauté de sourds. Lou l’oblige à y rester parce qu’il a menacé de se tuer. Elle sait que cette menace risque de la détruire à nouveau.
Elle appelle son père, prend le taxi et l’avion et le rejoint, laissant Ruben à cet homme, Joe, ancien alcoolique et sourd, qui a fondé une communauté de sourds considérant que ce ne peut être un handicap.
Ruben est toxico à l’héroïne, est clean depuis 4 ans. Ce vieil homme lui apprend à retrouver de la sérénité dans l’écriture et le silence, recherchant ainsi son propre bonheur, son paradis personnel.
Film plein d’émotions et de silences qui en disent long, des regards, des gestes, la langue des signes, des prises de vue significatifs de sens.
Voici un dialogue entre Ruben et Joe à 1h21 du film. Les silences, les respirations, les souffles, les mots, le regard des acteurs, surtout de Riz Ahmed sont incroyables de vérités et d’émotions.
Ça y est, je l’ai fait.
Fait quoi ?
L’intervention.
comment t’as réussi à payer ?
J’ai vendu mon camping-car et d’autres trucs.
ok.
Écoute Joe, j’ai aucune envie d’avoir à m’expliquer là tout de suite. C’était le moment c’est tout. C’était le moment d’agir, de me bouger. Tu vois ? D’essayer de sauver ma putain de vie, et c’est ce que je fais ! ok ? Personne d’autre le fera pour moi. D’accord ? Si je reste là à me tourner les pouces, ça m’apportera quoi ? Rien ! Et toutes ces conneries, ça n’a aucune importance. Ça compte pas, ça passera ! Ça c’est sûr ! Si demain je disparais, qui va s’en soucier ? tout le monde s’en foutra ! Je suis sérieux ! Et c’est normal ! C’est la vie ! C’est la vie. Non sérieusement, ok ? Le temps passe, les choses passent, tout passe putain !
J’aimerais savoir si au cours des matinées que tu as passé dans cette pièce, assis, tu as vécu un sel moment de sérénité. Parce que c’est vrai Ruben, le monde continue sa marche infinie et elle peut être affreusement cruelle parfois. Mais pour moi, ces instants de sérénité, cette pièce, c’est un… un vrai paradis. Et ce paradis, jamais il ne t’abandonnera. Mais, je vois que tu as fait ton choix, pas vrai ?
Ouais.
Et je souhaite sincèrement qu’il t’apportera le bonheur Ruben.
Merci… je voulais te demander Joe, je sais pas si c’est possible… J’ai besoin d’argent, pour récupérer mon camping-car. Tu vois ? Tu sais bien qu’avec Lou c’est l’endroit où on vit, c’est chez nous. C’est chez nous… Je te les rendrai, je te rembourserai. C’est juste que là tout de suite, le temps joue contre moi.
Ruben, j’ai du mal à saisir la situation dans laquelle tu t’es mis, mais de mon point de vue, tu as l’attitude et le discours d’un drogué.
Non non, non non pas du tout ! Je suis pas, j’ai pas, j’ai pas, je suis pas un… bon c’est bon d’accord, ma situation va s’arranger. Ok ? Sérieux, ma copine, elle a un père qui est très riche, et il va me filer le blé, c’est quedal pour lui, t’imagines même pas à quel point c’est quedal… Sérieux hein ? Je suis trop débile ! Pardon d’avoir posé la question… Ok ?
Ok.
S’il te plaît, est-ce que je peux rester trois-quatre semaines jusqu’à ce qu’ils activent le truc-là ?
Ruben, tu sais déjà que tout le monde ici partage les mêmes convictions : ne pas entendre n’est pas un handicap, c’est pas une chose qu’il faut réparer. C’est très important pour nous. Les enfants d’ici, comme nous tous, avons besoin qu’on nous le rappelle, tous les jours. Ma maison a été bâtie sur cette conviction et sur la confiance. Et quand cette confiance est trahie, des choses se produisent. Et je dois empêcher ça. Il y a trop de personnes dont je dois tenir compte. Donc, en l’état actuel des choses de ton état, je vais devoir te demander de faire tes valises aujourd’hui. Et de te trouver un autre hébergement Ruben.
D’accord.
(Souffle de douleur)
Je reprendrai certainement une partie de ce dialogue parce que ça me touche personnellement, dans cette histoire de temps qui passe, d’abandon, de sérénité dans l’écriture et le silence.
Mes ouvrages intitulés Organique et Ekéna, l’enfant de l’amour sont ici à l’honneur. Il incarne ce temps qui passe, ces choses qu’on ne peut réparer, le deuil et le sentiment d’abandon dans le tumulte des émotions et du monde qui n’en finit pas de tourner.
Voici les trois autres articles qui complètenet cette saga.
Les misérables (2018-2019), série Britannique et américaine avec Dominic West, lily Collins et David Oyelowo, est une adaptation du roman de Victor Hugo. Nous y retrouvons les personnages Jean Valjean, un « galérien » condamné à passer dix-neuf ans de sa vie aux bagnes de Toulon pour avoir volé un pain et l’inspecteur Javert incarné par David Oyelowo. C’est un Paris du XIX -ième siècle qui est également décrit.
J’ai beaucoup aimé les acteurs et les actrices qui incarnaient de façon prodigieuse les caractéristiques personnelles décrites par Victor Hugo. J’ai aussi aimé la manière dont le réalisateur Andrew Davies s’est approprié le scénario et a choisi les acteurs. Cette liberté d’expression, de facilitation cinématographique m’a beaucoup plu.
Je salue la force et la beauté de Dominic West, que je ne connaissais pas vraiment. Il a rempli sa mission d’homme qui a dû se dépatouiller avec ses émotions, ses résistances et ses schémas socio-économiques.
En lisant le roman de Victor Hugo, je suis ravie de pouvoir y mettre des images, des visages, des voix et des postures… Cela rend plus aisé son décryptage… Il me semble important de reprendre le livre et de me nourrir des mots et des expressions de Victor Hugo, qui forment de véritables citations pour la vie, pour le monde…
Quelques fois, ses mots sont repris dans la série, et c’est plutôt judicieux de la part du réalisateur.
Je suis passée à côté de ce roman pendant des années, pensant à tort qu’il ne m’était pas accessible… Bien sûr, il est écrit avec un vocabulaire fourni et riche, bien sûr Victor Hugo fait partie de ces écrivains indémodables et inévitables, mais l’ampleur de ses ouvrages en fait un auteur mythique et presque intouchable…
Je suis ravie que le cinéma puisse reprendre avec autant de splendeur des manuscrits aussi cossus… Ravie de savoir que ces écrits seront éternels… que les mots puissent révéler autant de possibilités infinies.
Bien évidemment, chacun peut avoir une conception personnelle de l’existence de Dieu, de la religion… Ici, ils sont le prétexte à faire le bien, à faire du bien… Malgré le drame de la vie de Jean Valjean et par là même de la vie de Javert, de Fantine et des Thénardier…. Les drames humains, des relations humaines, de la guerre et de la poussière d’ignominie qu’elle génère…
C’est noir, oui, mais c’est révélateur d’une génération qui se sacrifie pour la génération suivante… des destins animés par le fil conducteur de l’amour, l’amour entre le prêtre pour les hommes, l’amour de Jean Valjean pour Cosette, et l’amour de Marius pour Cosette… L’amour qui triomphe à tous les coups…
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