par Joéline Andriana | Nov 24, 2024 | Psychologie
Dans mon travail et dans ma condition d’être humaine, je suis confrontée à la possibilité soit de persuader une personne de prendre soin d’elle-même et à mes propres certitudes, qui trouvent souvent à être remises en question, m’interrogeant sur les raisons pour lesquelles certaines personnes sont si attirées par le côté « obscur » ou « négatif » de leur personnalité. J’y mets des guillemets parce que ce n’est pas un jugement de valeur, la définition étant une inclination à la destruction, l’auto-sabotage, à la mort…
Alors, en lisant ce passage sur les deux modèles de persuasion, tiré de l’ouvrage coordonné par P. Gosling, (non, ce n’est pas l’acteur américain) intitulé Psychologie sociale, Tome 1. L’individu et le groupe, voilà ce qui en ressort :
Dans le « modèle de la probabilité d’élaboration » (ELM), selon Petty & Cacioppo (1986), une attitude valide peut être atteinte selon deux voies : une voie « centrale » et une voie « périphérique ».
La persuasion par « voie centrale » renvoie à l’adoption d’une attitude qui résulte d’un examen attentif des arguments disponibles en faveur (ou en défaveur) d’une position. Les gens créent de nouveaux arguments et intègrent certains des arguments présentés dans une structure de croyance en rapport avec l’objet d’attitude (ils « élaborent » les messages). Un tel traitement de l’information nécessite que les gens soient fortement motivés et disposent de capacités cognitives suffisantes. Les attitudes formées à partir d’un tel traitement seront stables dans le temps, prédictives du comportement futur des individus.
La persuasion par « voie périphérique » renvoie à l’adoption d’une attitude sans que cela nécessite de la part des individus un traitement approfondi des arguments présentés. Petty et Cacioppo placent sous cette appellation tous les changements d’attitude obtenus sans élaboration du message persuasif, c’est-à-dire aussi bien ceux renvoyant au conditionnement classique ou opérant, que les changements d’attitude basés sur l’identification, ou encore le traitement heuristique tel qu’il est défini par Chaiken et ses collègues.
Ce type de traitement du message persuasif apparaît lorsque les gens ne sont pas suffisamment motivés pour traiter les arguments de manière approfondie, et/ou ne disposent pas des ressources cognitives nécessaires à un tel traitement.
Un autre facteur important du changement d’attitude dans le ELM concerne les connaissances intégrées sur l’objet d’attitude. Plus ils disposent de connaissances intégrées sur un objet d’attitude et moins ils seront sensibles à des tentatives de contre-persuasion. »
Saviez-vous que ce modèle existait ? Êtes-vous en mesure de vous situer à travers ces descriptions ?
Rendez-vous dans l’autre article intitulé La persuasion 2, pour découvrir le deuxième modèle dit heuristique-systématique (HSM).
Cet article est inspiré de mon ouvrage : Cette nouvelle vie pourrait avoir plus de sens. Explorez vos infinies possibilités.
Vous trouverez des articles sur la psychologie sur mon site https://joelineandriana.com.
A bientôt !
Joéline ANDRIANA
Docteur en psychologie, auteur et conférencier (She/her).
par Joéline Andriana | Oct 20, 2021 | Psychologie
Lorsque je parle de croyances, je parle de croyances sociales. Celles-ci sont induites par nos idées, nos valeurs et nos désirs. En matière de relations amoureuses, elles sont déterminantes à la fois avant, pendant et après la rencontre. Qu’est-ce qui fait que nous sommes attirés par un type de personne en particulier ? Des physiologistes vous parleront de phéromones, de phénomènes liés au corps, aux odeurs, à la chimie, pour eux, c’est bio.
Moi, je vais vous parler d’attirance non seulement physique, mais aussi sociale. Lorsque vous prévoyez de rencontrer une personne dans le cadre amoureux, c’est que vous êtes disponible pour vous ouvrir à l’inconnu, enfin, à ce qui changerait de votre quotidien, à ce qui pourrait entrer dans vos critères de séduction. Des critères très cartésiens devenus conscients et manifestement pris au sérieux par les scientifiques. Il suffit de voir le succès apparent d’un programme comme Mariés au premier regard, une émission de téléréalité française diffusée sur M6, fondée sur une série danoise appelée Gift Ved Forste Blik et dérivée de son homologue américain Married at first sight.
Il semble ne rester que la science, des pourcentages de compatibilité pour réunir deux êtres. La confiance en soi que les candidats affichent est défaillante. Les incapacités d’entrer naturellement en lien avec l’autre, les échecs amoureux ont trouvé chez eux des manquements, une estime de soi négative. Sur quoi ces scientifiques pourraient-ils s’appuyer ? Sur les idées, les valeurs, les désirs des candidats, donc sur leurs croyances. Ils pourraient alors partir du principe que si une personne se rapproche de façon considérable des croyances d’une autre personne, elles sont compatibles. Les scientifiques représentés par une psychologue clinicienne et un docteur en psychologie seraient ainsi influencés eux-mêmes par des croyances sociales telles que : – Qui se ressemble s’assemble – Les contraires s’attirent
1. Qui se ressemble s’assemble.
À défaut de se compléter, les partenaires sont susceptibles de fusionner. De partager les mêmes perceptions de la vie, les mêmes activités, les mêmes aliments, les mêmes amis, les mêmes valeurs, les mêmes manières de se comporter en public, les mêmes musiques, les mêmes artistes, les mêmes animaux, les mêmes décors, les mêmes habitudes sexuelles… Les mêmes.
Cela rassure, cela donne un sentiment de sécurité incroyable. Partager des moments à deux avec une personne que l’on ne connaît pas, mais qui nous semble familière. Dans cette optique, il est d’usage d’entendre les personnes dire qu’elles reproduisent le même schéma amoureux. Est-ce qu’il s’agit de les blâmer ? L’excitation d’une nouvelle rencontre laisse place au confort et à l’aisance qu’elle peut procurer. Alors que vous êtes adeptes de la monogamie, il vous serait difficile et presque incompréhensible d’entendre l’autre parler de ses différentes conquêtes, de ses amoureux transis après une étreinte n’égalant aucune des expériences passées. Vous resteriez avec cette personne-là ?
La solitude ou le manque d’estime de soi pourraient vous compromettre dans une relation déficiente. Alors que vous avez vécu la pire histoire avec un parent alcoolique, vous risquez d’être attiré par une personne qui soit a vécu la même histoire, soit est dans une dynamique similaire. Les habitudes culturelles passées peuvent être trompeuses si vous souhaitez atteindre le paroxysme du bonheur à deux. Ce qui est certain, c’est que plus on s’assemble, plus on se ressemble. La proximité serait ainsi le meilleur moyen de trouver des terrains d’entente dans tous les domaines de la vie.
2. Les contraires s’attirent.
Beaucoup s’obstinent à chercher une personne complètement différente. Dans l’idée de vivre autre chose, autrement, dans la croyance obstinée que l’autre pourrait les compléter, les rassurer, accéder à une demande, à une attente, à un manque. L’autonomie affective peut s’en trouver entravée. La dépendance affective, trop souvent citée pour les hypersensibles, les victimes de manipulateurs pervers, peut trouver toute sa place. L’admiration non réciproque peut aussi creuser son tombeau face à une personne de pouvoir.
Il est admis scientifiquement et socialement que les belles femmes sont attirées par les hommes fortunés jouant un rôle prestigieux. Il suffit de voir Lady Diana et le prince Charles, et toutes les histoires similaires. Le rêve du prince charmant qui vient sauver sa princesse de ses failles sociales, psychologiques reste une croyance incontestable. Cette dernière est pourtant décriée et détestée par les plus ferventes féministes. Le rêve d’une belle femme, proche des critères de « Miss Univers » est appétissant pour les hommes habitués à ce genre d’image, et devient malheureusement de plus en plus populaire. « Une étrange illusion (…) de supposer que la beauté est la bonté », selon Léon Tolstoï (1828-1910), écrivain russe.
Ce qui est certain, c’est que les contraires s’opposent aussi dans leurs opinions, leurs valeurs, leurs désirs. Ce qui est certain, c’est qu’on est plus susceptible d’aimer ceux qui nous aiment. Ce qui est certain, c’est que plus on aime une personne et plus on la trouve belle. « Ce qui détermine dès le début notre sympathie envers une personne ─ la proximité, la ressemblance et le fait d’être aimé ─ influence le développement à long terme de nos relations. Les premières impressions des couples qui se fréquentent peuvent donc prédire leur avenir à long terme. Elles sont ainsi importantes et prophétiques », selon Jan Hendrik van den Berg (1914-2012), psychiatre néerlandais.
En conséquence, en quoi croyez-vous absolument ? Si c’est en l’amour, je vous propose de vous aimer de façon inconditionnelle afin de trouver en vous-même cette possibilité d’être en harmonie avec l’autre. Parce que l’amour est inhérent à l’être humain, nous serions enclins à plonger dans la passion amoureuse, pour sûr à la fois excitante et aliénante. Découvrez ce schéma créé par Robert Sternberg (1949 -), psychologue américain, et voyez vers quel type d’amour vous souhaitez vous orienter. Croire au parfait amour est vraiment tentant, non ?! L’essentiel n’est-il pas juste d’être heureux ? 
Cet article a inspiré mes ouvrages intitulés Le couleur des émotions et Le jour où j’ai commencé à effacer les ombres.
A bientôt.
Joéline Andriana, Docteur en psychologie, auteur et conférencier. https://joelineandriana-auteur.com.
Vous trouverez d’autres articles sur mon site web: https://joelineandriana.com.
par Joéline Andriana | Oct 20, 2021 | Psychologie
En quoi est-ce utile pour toutes et tous même si on n’a pas l’impression d’en avoir besoin ?
Commençons par une définition simple de ce qu’est la consultation psychologique. La psychologie est l’étude scientifique des phénomènes psychiques, c’est-à-dire relevant de l’esprit et de la pensée chez l’être vivant supérieur, humain ou animal, conscient de son existence. Les experts dans ce domaine détiennent la capacité de comprendre les comportements, les sentiments, les réactions d’autrui, et particulièrement les émotions. Vous aurez remarqué que certaines séries proposées actuellement à la télévision comme En Thérapie, adaptation française de la série israélienne BeTipul et de la série américaine In Treatment semblent remettre au goût du jour la nécessité de consulter un psy. Rassurez-vous, la plupart des scènes ne reflètent pas la réalité d’un cabinet en psychologie.
Je suis docteur en psychologie et je pratique dans mon cabinet depuis plus de dix ans. Je reçois des femmes, des hommes, mais surtout des femmes. À croire que faire une thérapie, c’est féminin et bio. Certainement ! Mais les hommes s’activent à se prendre en charge, plutôt que de laisser cette tâche à leur épouse ou à leur mère. Une prise en charge émotionnelle. Oui, Messieurs, parce que les émotions n’appartiennent pas uniquement à la gent féminine. Et la différence réside dans la manière dont chacun souhaite les gérer. Oui, parce que les émotions se gèrent aussi.
Les émotions sont une réaction affective qui se manifeste par divers troubles physiologiques. La psyché et le corps sont donc en lien étroit. Par conséquent, il est primordial de les harmoniser pour rester en bonne santé.
Trois raisons principales pourraient vous amener à consulter au moins une fois un psy, même si vous n’en ressentez pas réellement le besoin :
1. Faire un bilan contextuel ou situationnel ;
2. S’équilibrer ;
3. Se connaître.
1. Consulter un psy pour faire un bilan situationnel ou contextuel.
Et même si vous avez l’impression de ne pas avoir besoin de consulter un psy, il semble important de faire un petit bilan situationnel ou contextuel, pour savoir où vous en êtes dans votre vie, de vos relations amicales, amoureuses, familiales. Votre vie prend-elle le sens que vous vous êtes donné jusque-là ?
Consulter un psy, c’est déjà un signe de bonne santé mentale. C’est un changement considérable dans la vie d’une personne. La personne devient un patient lorsqu’elle se présente à moi. Patient compris comme malade, sujet, client ou cas et également calme, doux, tolérant, persévérant. Malade parce que souffrant, mal en point, fatigué ou incommodé. Soit dit en passant, quel que soit le genre de patient que vous serez, cela ne vous fera que du bien de consulter.
2. Consulter un psy, c’est s’équilibrer.
J’entends encore dire : « Je ne suis pas fou ou folle ! » lorsqu’il est conseillé de passer le pas de la porte d’un psy. Déjà, le penser laisse supposer une confusion de l’esprit qui pousse à consulter. Sachez-le ! C’est juste sain, très sain de penser se livrer, se confier, se regarder en face, se délivrer de certains maux, d’énormément de sentiments négatifs… Joseph Murphy (1898-1981), docteur en philosophie américain, disait : « Souvenez-vous que c’est le monde intérieur (…), vos pensées, vos sentiments, vos images mentales qui créent votre monde extérieur. »
Il arrive aussi que des douleurs corporelles accompagnent ces émotions négatives, ces blocages internes. Le mieux est de suivre les préceptes de Giorgio Nardone (1958-), psychothérapeute italien : « Pour modifier une situation, nous devons l’empêcher de perdurer, car nous n’avons aucun pouvoir sur un processus de construction qui s’est produit dans le passé. » Un psy peut alors vous accompagner tranquillement.
Ce qui bouscule vous plonge dans le doute et vous déséquilibre. Et c’est normal ! Consultez ! Vous irez bien plus vite et de façon plus efficace vers un rééquilibrage plein et entier. C’est Bruno Bettelheim (1903-1990), psychologue américain, qui écrivait : « l’épanouissement dépend d’un équilibre subtil entre les aspirations de l’individu, les exigences légitimes de la société et la nature humaine ».
3. Consulter un psy, c’est se connaître.
Consulter, c’est passer un palier pour celui ou celle qui s’anime dans la recherche du progrès. Ce n’est pas vital, mais c’est alléchant. Le thérapeute est là pour guider, le patient peut être là pour se laisser guider. Si le patient se confronte au thérapeute, il y trouvera sa manière de se positionner face au monde. Un simple mécanisme de défense qui le bloque et l’enracine dans ses schémas passés. Prendre conscience de ce simple mécanisme de défense est déjà une étape importante. Et que fait-on de cette prise de conscience, me direz-vous ? On en fait quelque chose de constructif. On change nos comportements, nos perceptions de ce que nous sommes, nos perceptions de ce passé et ainsi on trouve à progresser. L’évolution semble inhérente à l’être humain, s’il ne se sent pas progresser, il peut mourir.
En conclusion, que vous soyez persuadé ou non qu’il est bon d’aller consulter un psy, après cette brève démonstration, je vous souhaite de vous sentir libre de vous faire du bien.
Vous pouvez me retrouver sur mon site web : joelineandriana-auteur.com, parce que grâce à ces consultations psy, j’ai pu réaliser mon rêve de petite fille : être auteur. J’ai écrit cinq romans, un recueil de nouvelles et un livre de psychologie intitulé Cette nouvelle vie pourrait avoir plus sens. Explorez vos infinies possibilités.
par Joéline Andriana | Mar 16, 2020 | Psychologie, Littérature
Je m’appelle Clarance et j’ai soixante-dix ans. Je pense souvent à l’immortalité, même si quelquefois, je me surprends à compter le temps qu’il me reste à vivre. Malgré le poids des années et les phénomènes de répétitions qui se produisent dans mes relations aux autres, je serais volontaire si on m’annonçait demain qu’un remède était trouvé pour prolonger l’espérance de vie et pourquoi pas l’étendre à l’infini.
Si mes cellules pouvaient se renouveler de façon aussi naturelle et rapide que lorsque j’avais quinze ans, je déploierais toute mon intelligence et mon énergie pour participer à ces tests sur une vie sans fin. Mes enfants et mes petits-enfants me permettent de me régénérer, ils sont une source intarissable de bonheur. Ma femme est toute défraîchie et se laisse littéralement aller. Elle si élégante encore il y a dix ans ! Ses soixante-dix ans lui ont donné une vraie gifle. Elle me l’a dit, elle a pleuré, j’ai dû la consoler pour rien. Elle me plonge dans des émotions difficilement appréhendables. Je l’aime, mais je ne me sens plus assez courageux pour poursuivre cette vie de vieillard avec elle. La télévision prend le dessus, elle ne veut plus sortir, faire des voyages, fréquenter des personnes de notre entourage commun, elle s’isole et pleure souvent. Je lui conseille d’aller voir un professionnel de la santé mentale, mais elle s’obstine à refuser, un peu comme une petite adolescente en régression complète. Elle va mourir, elle le sait, un jour, oui, mais elle ne sait pas quand. Alors pourquoi elle me prend la tête ? Nous ne dormons plus ensemble depuis une quinzaine d’années. Je ronfle et elle ne le supportait plus, je la sollicite et elle ne voulait plus avoir à répondre de mes désirs.
Comment définir notre couple aujourd’hui ? Je ne pense plus l’aimer d’un amour fou, mais les autres nous voient comme un duo parfait, un exemple. Quelle naïveté ! Depuis que nous sommes à la retraite, nous traînons, nous nous disputons à être chaque minute de chaque jour ensemble.
Heureusement, j’ai mes passions : la chasse, les sorties entre copains, la belote, le cinéma, et puis Gilberte, à qui je pense aussi intensément que lors de notre première rencontre, un peu après la naissance de mon premier enfant. Nous nous rencontrons de temps à autre, nous discutons de choses et d’autres et le fait que ma femme ne sache rien de nous deux me rassure. Je me sens libre d’être qui je veux, d’être encore et éternellement en vie. Amoureux fou, je suis amoureux fou de Gilberte. Nous ne sommes jamais passés à l’acte et je suis convaincu que si elle mourait avant moi, je la regretterais jusqu’à la fin de ma vie. Les valeurs morales, le poids de la famille, de la société empiètent sur mes souhaits les plus profonds. Comment en arriver à cet âge et penser que je ne suis pas libre, ressentir que je suis menotté, comme livré à l’enfer ?
Je ressens tellement d’obligations morales que je me suis imaginé fuir, partir loin sans laisser de traces et proposer du même coup à Gilberte de m’accompagner, vivre enfin une vie authentique, sans faux-semblants. Soixante-dix ans, il ne me reste plus qu’une dizaine, voire une vingtaine d’années à vivre en bonne santé, avec encore toutes les possibilités de profiter du présent. Qu’est-ce que j’attends, qu’est-ce qui me prend ? Quelquefois aussi, j’imagine que ma femme meurt avant moi, et ce serait l’occasion parfaite pour sortir de cette hypocrisie. Mais serait-ce si simple ?
Suis-je ignoble ? Suis-je détestable de penser ces choses-là ?
Mes ouvrages intitulés Le jour où j’ai commencé à effacer les ombres et Les filles touchent l’eau et les garçons voient une étoile filante ont inspiré l’écriture de cet article.
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par Joéline Andriana | Mar 9, 2020 | Psychologie
Je suis là, allongée sur mon lit d’hôpital. Tout ce que je sais, c’est que je suis vivante et que je suis dans la capacité de réfléchir, de penser, de formuler des mots et des expressions dans ma tête. Des personnes viennent me rendre visite, mais je ne les connais pas. Elles semblent me connaître par cœur, me révéler mes qualités comme mes défauts avant même de me dire quels sont mon prénom et mon âge. Je suis consciente qu’elles m’agacent profondément, mais impossible de l’exprimer. Elles osent me faire la bise, m’embrasser sur le front et m’interroger comme si on était à la CIA. Je les déteste.
Elles pensent que je suis un gros bébé. Visiblement, aucune expression valable n’apparaît sur mon visage, encore moins dans mes gestes, dans mes postures. Il paraît que je suis vide, vide de sens, de signification des maux éprouvés. Des douleurs s’insinuent dans mon corps, et je ne peux pas les situer. Un corps, je ne suis qu’un corps, un phénomène physique qui a perdu toute possibilité d’interagir avec les autres. Un objet, un truc que l’on trimbale du lit à la salle de bain, et encore, il faudrait que l’aide-soignant soit assez fort pour me transporter. Souvent, on me lave là, à même le lit. Et je me sens mouillée et humide toute la journée. Et quand on n’arrive pas à parler ou à indiquer ces gênes, rien n’est fait pour nous aider. C’est fou, les êtres humains, ils passent d’un malade à un autre avec l’utilisation d’un chronomètre, une heure de sortie, une performance exigée par le directeur de l’hôpital. C’est quoi cette époque, ce monde dans lequel j’ai atterri ? N’aurais-je pas mieux fait d’y rester ? De rester dans quoi, d’ailleurs ? J’entends « accident », « voiture », « camion », « victimes », « cellules de crise », « la pauvre »… et je ne peux participer à tout ce méli-mélo de mots et de termes grossiers à mon égard.
Et puis, une jeune fille apparaît. Elle m’appelle maman. C’est mon prénom ? Non, c’est le rôle qu’elle me donne auprès d’elle. Elle est plutôt jolie, mais si triste que je n’ai qu’une envie, la foutre dehors. Elle pleure, regrette, se plaint, essuie ses larmes, me prend la main, me caresse, me regarde dans les yeux, demande pardon…de je ne sais quoi, de son absence due à son travail, ses enfants, son mari…sa vie, quoi… Elle finit par prendre conscience que je n’ai que faire de ses sentiments débiles, et que tout ce que je souhaite maintenant, c’est mon prénom, mon âge, les raisons de ma présence ici, de mon mutisme, les séquelles, si je vais m’en sortir, si je vais pouvoir reprendre le contrôle de ma vie et échapper à tout ce qui me dérange. L’odorat est devenu mon sens premier. Je détecte l’odeur des visiteurs et je sais si je vais passer ou non un bon moment. Ce qui est curieux, c’est que cet homme qui se dit mon mari, je ne supporte pas son odeur. N’est-il pas en train de me jouer un tour ? Je ne le trouve pas beau, pas avenant, pas vraiment gentil, plutôt grossier… Il m’avoue que nous sommes mariés depuis plus de vingt ans, que nous dormons dans le même lit depuis plus de vingt-cinq ans, que nous avons eu deux enfants, que nous avons voyagé si souvent qu’il ne se rappelle plus les lieux visités.
Le médecin me rend visite, agite son stylo devant mes yeux, prend ma fiche et m’appelle par mon nom de famille. Il dit que tout va bien. Ben non, rien ne va. Il affirme que mon état est stable, mais oui, il est trop stable ! Il faut qu’il m’aide à sortir de cette torpeur, de ce cloisonnement. Il m’affole, j’ai peur de rester dans cet état. Je préfère mourir. Même ça, je ne peux le balancer. Je veux mourir plutôt que d’être aux mains de ces incapables !
Enfin, une orthophoniste est venue, et nous avons toutes les deux trouvé le moyen de communiquer. Avec le clignement de mes yeux, j’ai réussi à lui répondre… Et par ce contact qui a eu du sens pour moi, j’ai réussi à ressentir de l’espoir…
La relation qui prend du sens pour nous nous réveille à nous-même.
Qu’en dites-vous ?
Mes ouvrages intitulés De la folie pure et Organique se rapprochent de cette histoire.
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