Vous connaissez cette théorie ? Elle fait partie d’une possibilité de comprendre la manière dont nous pouvons résister à la persuasion.
Le principe est simple :
« McGuire (1964) développa l’idée que, de la même façon qu’il est possible de stimuler les défenses d’un organisme contre un virus, en lui injectant un virus similaire, mais affaibli, il est possible de stimuler la résistance d’une personne à une tentative de persuasion, en la mettant en contact avec une forme atténuée de l’argumentaire employé par ceux qui tenteront, ultérieurement, de la convaincre.
Une seconde stratégie consisterait à « doper » le système immunitaire à l’aide de vitamines ; cette voie prouve son pendant dans le champ de la persuasion, au travers des stratégies, dites de soutien, où l’on fournit à l’individu les contre-arguments qu’il pourra opposer aux arguments de ceux qui tenteront de le persuader. Cette analogie entre immunisation biologique et résistance à la persuasion fonde la théorie de l’inoculation (McGuire, 1964). » (Psychologie sociale, Tome 1. L’individu et le groupe. Ouvrage dirigé par P. Gosling)
Ça vous parle ?
Vous saviez aussi que « les plus grandes avancées dans la découverte des processus de résistance à la persuasion ont été réalisées durant une période particulière de notre histoire : la guerre froide. Le monde se divisait alors en deux blocs. Chacun avait le double souci à la fois de s’assurer une emprise sur les idées des populations du bloc rival et de protéger sa population contre les tentatives de propagande de l’adversaire. » (Psychologie sociale, Tome 1. L’individu et le groupe. Ouvrage dirigé par P. Gosling)
L’actualité médiatique semble être restée dans ce double souci. Vous sentez-vous manipulé ? Et si c’est le cas, pensez-vous pouvoir résister à cette manipulation ? De quelle manière ?
Êtes-vous certain que ce que vous croyez vient bien de vous ?
Cet article a pour but de sortir des sentiers battus et d’amener le lecteur à réfléchir sur ses croyances et ses conditions de vie, ses influences et ses convictions. Et Ainsi trouver soit une cohérence soit un équilibre entre ce qu’il est et ce qu’il veut devenir. Et finalement prendre du recul et de la hauteur sur ce qui est répandu dans les médias, sur les réseaux sociaux…
Chevalier (2022), réalisé par Stephen Williams, avec Kelvin Harrison Jr.
Ce film narre la vie de Joseph Bologne (1745-1899), l’un des premiers musiciens classiques noirs français. Je me suis surprise à aimer ce scénario, qui est inspiré de son histoire.
Ce qui m’a le plus marquée, et si cela a bien existé, ce sont ses origines, ce déracinement de son pays natal, et de sa maman. Orienté, guidé ou plus exactement poussé à devenir excellent dans les domaines tels que le violon et l’escrime, Joseph Bologne se fait rapidement remarquer et montre une audace hors norme. Au point d’être repéré par la reine Marie-Antoinette d’Autriche et nommé au grade de Chevalier de Saint-George, d’après le scénario du film.
D’après l’histoire de France, Joseph Bologne est né d’un père Colon et d’une mère esclave Gaudeloupéenne Nanon.
Le récit de cet homme est assez stupéfiant. En tant que Docteur en Psychologie, je salue sa détermination et son talent, la manière dont il a donné un sens très fort à sa vie. Plongé dans l’ambivalence de cultures, dans le métissage forcé et voué à rien de mieux que l’identité et les conditions dans lesquelles il s’est senti certainement emprisonné.
Tout ceci pose la question de l’esclavage, de l’histoire des colonies et des barbaries que cela imposait. Tout ceci pose également la question de l’égalité entre tous les humains, et de la fraternité dont il a fallu faire preuve pour dénouer et démolir tout asservissement à la fois physique et psychique.
Il est la preuve humaine et historique que les possibilités sont infinies, et qu’il s’agit d’une rage interne folle pour se défaire de toute aliénation. Je suis ravie de l’avoir découvert à travers ce film produit par la BBC. Et peu importe si les informations ne sont pas exactes ou sont approximatives ou créées, ce fut un bon moment d’émotions.
Moi-même « femme de couleur », je suis touchée par la manière dont les anglais ont réussi à sublimer un tel destin.
J’ignore quel genre d’homme il a pu être, mais je sais qu’aujourd’hui il peut incarner une forme d’espoir et d’héroïsme pour la jeune génération, se battant pour ses convictions et pour son génie.
Certes, nous ne sommes pas tous nés dans une famille riche, et nous pourrions penser que ces privilèges pour développer nos facultés n’appartiennent qu’à une certaine caste.
Je sais, de source sûre qu’il est possible de se détacher de toute forme de subordination familiale, sociale ou économique afin de s’accomplir personnellement et professionnellement.
Il y a quelques jours, j’ai rêvé de Jesus Enrique Colombo, un torero vénézuélien. J’ai découvert cet homme à Pampelune, lors de la feria du mois de juillet. Le 14 juillet 2023, je l’ai vu élégant et passionné, prêt à en découdre face aux taureaux présentés. C’était la première fois que j’assistais à un tel spectacle. J’ai été prise d’une telle frénésie que j’ai eu du mal à en redescendre pendant plusieurs jours.
J’ai eu envie d’en découvrir davantage sur cet homme. J’ai donc regardé son identité, ses publications, son site web. J’ai eu le désir de l’approcher de très près et de soulever le mystère humain qui se cachait derrière cette énergie incroyable. Il était là pour lui, pour le public… Il était juste là. Non, je ne suis pas tombée amoureuse de cet homme, je suis juste devenue intriguée par cette émotion qui émanait de cette tradition : la corrida.
Jusque-là, et avant d’habiter dans les Landes, je n’ai jamais pensé assister à une corrida, persuadée de la carence humaine et de la bestialité de ces mœurs latines. Francis Cabrel et sa chanson entrainante répétant en boucle : « Est-ce que ce monde est sérieux ? » m’a immédiatement ralliée à lui, à cette cause de la vie à tout prix.
Je suis arrivée à une période de ma vie où il m’est important de m’ouvrir à ce qui existe déjà, depuis des siècles, et de comprendre, trouver une explication à cette humanité à la fois si paradoxale et si passionnante.
La cruauté des gestes, de l’issue fatale du scénario ne m’a pas échappée. D’ailleurs, j’en ai éprouvé une profonde douleur, et incompréhension de fêter de façon aussi génialissime, et avec autant d’ardeur la mort d’un être vivant. Prise par l’euphorie, l’ambiance festive de cette arène de plus de 19 000 personnes, je me suis libérée de cette torpeur tout doucement… Et la présence « scénique » de Jesus Enrique Colombo est la source de cet engouement.
Alors, je me suis abonnée à son compte instagram, afin de suivre la vie « sociale » d’un torero, ses « habitudes » et ses « penchants ». Ses stories et ses publications surviennent donc automatiquement sur le fil de mon actualité. J’ai alors connaissance des dernières informations, qu’il veut bien communiquer sur son actualité, ses prestations comme sa vie « privée ».
Il parle exclusivement en espagnol. Une langue que je n’ai jamais approché durant toute ma scolarité, préférant l’anglais, l’allemand et l’italien. Je suis donc obligée de passer plus de temps sur son profil, en faisant des captures d’écran pour copier-coller et traduire les termes de son actualité.
Récemment, son père Jesus Colombo a été agressé très sévèrement à la tête. D’abord, j’ai tenté de décrypter le communiqué, passé sur instagram, sans grand succès. Ensuite, j’ai souhaité en savoir un peu plus et j’ai découvert que Jesus Colombo avait été blessé gravement à la tête et envoyé aux urgences. J’ai bien cru que c’était Jesus Enrique Colombo, âgé de 27 ans.
Mon sentiment était si fort que je me suis sentie honteuse de le ressentir. Après tout, je ne connais pas cet homme, il ne fait pas partie de mes proches. Mais le phénomène réseaux sociaux était si intense que je n’ai pas pu réprimer mes émotions mêlées de douleur, d’empathie et de colère contre l’agresseur. Je tentais de rapprocher les images de cet homme majestueux pendant ses exécutions et l’homme inanimé et meurtri. J’ai dû lire plusieurs fois ce communiqué pour découvrir en second lieu que lui et son père avec le même nom et prénom, seul le Enrique différenciait ce jeune torero.
J’ai donc fini par lui écrire un mot de soutien pour son père et lui.
A travers cette expérience, je prends conscience de l’ampleur des conséquences de ces réseaux sociaux sur l’individu. A travers ce que j’ai vécu et ce que j’entends lors des consultations, je sais l’impact phénoménal que cela a sur nos affects.
Je prends donc aujourd’hui du recul, je reste à ma place et je regarde de manière moins fréquente cette actualité virtuelle humaine.
Pour compléter le premier article intitulé La persuasion, voici le deuxième modèle appelé modèle heuristique-systématique (HSM).
« Selon Chaiken et ses collègues (Chaiken, 1980 ; Chaiken et al., 1989 ; Chaiken & Stangor, 1987 ; Eagly & Chaiken, 1984), les sujets peuvent chercher à obtenir une attitude valide en traitant l’information persuasive de manière « systématique » ou de manière « heuristique ».
Le « traitement systématique » est conçu comme le traitement par « voie centrale » défini par Petty et al. (1986).
Le « traitement heuristique » de l’information est défini comme « un mode de traitement plus limité qui nécessite moins d’efforts et de capacités que le traitement systématique. Lorsqu’ils traitent l’information de manière heuristique, les gens centrent leur attention sur une partie de l’information disponible qui lui permet d’utiliser des règles inférentielles simples, des schémas, ou des heuristiques cognitives pour formuler leurs jugements » (Chaiken et al., 1989).
Ce type de traitement renvoie donc à une variété beaucoup moins importante de processus que la « voie périphérique » du ELM. Dans ce cadre, les « heuristiques » sont définies comme des règles d’inférence stockées en mémoire comme les autres structures de connaissance et apprises au cours de l’existence. Des existences de telles règles sont « il faut faire confiance aux experts » ou « la longueur d’une argumentation implique sa force », et les indices heuristiques permettant l’utilisation de ces règles : respectivement, le degré d’expertise perçu de la source et la taille du message.
Selon le HSM, les sujets privilégient généralement le traitement heuristique pour atteindre une attitude valide avec un moindre coût cognitif. Toutefois, si les sujets ne sont pas suffisamment sûrs de leurs jugements, ils peuvent s’engager dans un traitement plus systémique jusqu’à ce que le niveau de confiance soit jugé acceptable. Ce processus est appelé « principe de suffisance » dans le HSM. Réciproquement, des sujets engagés dans un traitement systémique peuvent utiliser des indices heuristiques lorsque ce traitement ne leur apporte pas un degré suffisant de confiance en leurs jugements. »
Alors, faites-vous confiance en votre jugement ? Et comment faites-vous ?
Le bleu du caftan est un film réalisé par Myriam Touzani et sorti en 2023. J’y fait référence tout d’abord parce que j’ai été séduite par la manière dont le sujet de l’identité sexuelle est abordée.
Elle traite de l’homosexualité d’un maître ouvrier couturier Hakim, marié à Mina depuis des années. Hakim va au hammam pour assouvir ses besoins sexuels. Son apprenti Youssef tombe amoureux de lui et l’aide au quotidien jusqu’à la mort de sa femme.
Mina a subi une mastectomie du sein gauche due à un cancer.
Hakim coud un caftan bleu pétrole et cousu au fil d’or, destiné à une acheteuse. Il finit par le dédier à sa femme, l’y enveloppant pour ses funérailles.
Bien sûr, je ne peux pas énoncer ce scénario de façon aussi voluptueuse que ce que la réalisatrice offre. Avec beaucoup de beauté et de tendresse, elle trace le portrait de ces trois personnages, avec beaucoup d’âpreté, elle dénoue les principes patriarcaux de la société marocaine sous couvert du secret.
Les silences, les dialogues sont assez subtils et relèvent d’une majestueuse manipulation des émotions et des sentiments, à travers les gestes, les regards, et les non-dits.
Cet article est dédié à la liberté d’être au moins dans son cercle intime.
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